vendredi 31 mars 2017

Billets-Comment le Portugal a gagné la lutte contre la drogue en ne la menant pas


Comment le Portugal a gagné la lutte contre la drogue en ne la menant pas

La politique concernant les drogues menée par le Portugal est une alternative crédible au tout répressif.

Depuis plus de 100 ans, les États-Unis cherchent à interdire la consommation de drogues. Les partisans de la prohibition affirment qu’en rendant illégales des substances comme le cannabis, la cocaïne et l’héroïne, l’État peut significativement réduire la criminalité liée à la drogue, combattre la toxicomanie et arrêter la propagation des maladies liées à la consommation de stupéfiants.

Cette politique n’a pas eu les effets escomptés. Michael Botticelli, directeur du Bureau de la politique nationale de contrôle des drogues, a déclaré que la guerre contre les drogues était constituée « d’échecs politiques et pratiques ».

Parmi les alternatives à la guerre contre la drogue, il existe l’option de la dépénalisation des drogues, c’est-à-dire l’assouplissement de l’application de la loi et sanctions pour les infractions liées à la drogue, et la légalisation de toutes les drogues.
Oui, toutes les drogues.

Le cobaye portugais
Ces options peuvent sembler contre-productives, mais les données racontent une autre histoire. En 2001, le Portugal a choqué le monde en votant la dépénalisation de toutes les drogues en réponse à un problème croissant d’héroïne.

Le trafic de drogue demeure illégal, mais les consommateurs de drogues sont considérés comme des malades plutôt que des criminels. Au lieu d’une arrestation et d’une incarcération immédiate, les personnes prises avec moins de 10 jours d’approvisionnement en drogues dures sont conduites devant un tribunal spécial d’experts légaux, de psychologues et de travailleurs sociaux. Le but est d’arriver à une solution qui s’occupe d’abord de la santé du patient, avec une petite amende occasionnelle ou un travail d’intérêt général.

Quinze ans plus tard, la catastrophe prédite par de nombreuses personnes est démentie par les données. La consommation de drogues parmi les jeunes de 15 à 24 ans a considérablement diminué et les décès dus à la drogue sont tombés de 80 en 2001 à 16 en 2012.

Avant 2001, près de 100 000 consommateurs de drogues étaient condamnés au Portugal. Dans les 10 premières années de l’adoption de la politique, ce nombre a été divisé par deux. Aujourd’hui, le Portugal possède l’un des taux de consommation de drogues les plus faibles de toute l’Europe.

Un taux de consommation de drogues très faible
Les gens quittent le marché des drogues et cherchent un traitement. Le nombre de personnes enregistrées en réhabilitation est passé de 6 000 en 1999 à plus de 24 000 en 2008. Le nombre de consommateurs d’héroïne qui se piquent est passé de 45% à 17%, ce qui est particulièrement important lorsque l’on parle de maladies liées à la drogue : ainsi, les toxicomanes ne représentent plus que 20% des cas de VIH dans le pays, une amélioration significative par rapport aux 56 précédents.

Ces résultats peuvent être expliqués par des considérations économiques de base. À mesure que les gens obtiennent de l’aide pour combattre leur addiction à la drogue, le nombre d’utilisateurs, c’est-à-dire la demande de drogue, diminue. Lorsque la demande baisse, les fournisseurs de drogue constatent que leur entreprise autrefois lucrative ne porte plus ses fruits. Ils sortent donc du marché.

Redirection des ressources
Cela expliquerait pourquoi une étude de 2010 dans le British Journal of Criminology a révélé qu’après la dépénalisation, le Portugal a observé une réduction significative de l’emprisonnement de prétendus trafiquants de drogue, de 14 000 en 2000 à 5 000 en 2010. En fait, la proportion de personnes incarcérées pour crimes commis sous l’influence de stupéfiants ou pour nourrir leur addiction a chuté de 41% en 1999 à 21% en 2008.
En réorientant les ressources précédemment allouées à l’arrestation et à la mise en prison de toxicomanes, le Portugal a non seulement réprimé son problème de drogue, mais il a créé une société plus saine. Alex Steven, président de la Société internationale d’étude de la politique pharmaceutique, a déclaré : « La principale leçon à tirer, c’est que la dépénalisation de la drogue ne conduit pas nécessairement à la catastrophe, Et elle libère des ressources pour offrir des réponses plus efficaces aux problèmes que la consommation de drogues engendre. »

Le résultat de la politique portugaise
Il y a quelque chose à apprendre du traitement de la consommation de drogues comme une maladie physique et mentale. Considérons les résultats de la politique portugaise par rapport à l’approche américaine. Alors que les taux d’utilisation, d’incarcération et de maladie au Portugal ont tous baissé, la consommation de drogues aux États-Unis est demeurée relativement inchangée depuis une dizaine d’années.

Chaque année, 1,5 million de personnes sont arrêtées et mises en examen pour des faits liés à la drogue, dont 80% pour simple possession. La moitié de toutes les incarcérations fédérales est reliée aux drogues.

Peu de gens pensent que l’usage de drogues n’est pas un problème. Sans aucun doute, sa consommation pose des problèmes pour la santé publique et détruit de nombreuses vies. Cependant, lorsqu’on examine l’efficacité des politiques en matière de drogues, le modèle américain n’est rien de moins qu’un échec total. Il est temps de regarder les alternatives. Comme l’illustre le cas portugais, les politiques dites «radicales» peuvent être parfaitement raisonnables.

Source contrepoints.org
Par Abigail R. Hall.
Un article de la Foundation for economic education



fee.org
Fondée en 1946 par Leonard E. Read, la Foundation for Economic Education (FEE), présidée par Lawrence W. Reed, est l'une des plus anciennes organisations de défense et de promotion des "principes" de la liberté aux États-Unis : le caractère sacré de la propriété privée, la liberté individuelle, la primauté du droit, le libre marché, et la supériorité morale du choix individuel et de la responsabilité sur la coercition.

jeudi 30 mars 2017

Billets-Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable


Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable

Une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

Ah ! les recasages ! C’est devenu une tradition dans une haute fonction publique qui ne manque pas une occasion de fustiger le populisme, le complotisme et la démagogie du petit peuple : à l’issue du quinquennat, on prend ses dividendes à la bourse de la vie administrative et on se recase dans des sinécures pour échapper au changement de majorité avec le même empressement que celui du rat qui quitte le navire en flammes. Et une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

On trouvera donc ici une nouvelle liste (partielle) des cadeaux aux cabinets ministériels.

La diplomatie française, lieu de recasage et de reclassement professionnel
Reuters a produit une liste intéressante des fromages diplomatiques attribués aux amis.
Stéphane Romatet, conseiller diplomatique de Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve à Matignon, est attendu au Caire. (…) Le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de François Hollande, David Cvach, est annoncé à Stockholm. (…)
Le conseiller diplomatique du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, Luis Vassy, est pour sa part nommé ambassadeur à Oman, une nomination rare à 37 ans.
Quant au poste d’attaché culturel à Londres, il pourrait échoir à Claudine Ripert, conseillère en communication de François Hollande.

Félicitations à tous ces heureux bénéficiaires d’une nomination qu’il est difficile de ne pas voir comme politique. Elle rappelle combien la fonction publique est attachée à l’intérêt général.

D’autres nominations en opportunité
On remerciera Acteurs publics pour l’inventaire des nominations politiques sur le sol français.
En vrac, on notera donc :
  • la nomination d’un conseiller politique d’Annick Girardin à un poste d’inspection générale
  • la nomination d’une conseillère de Marisol Touraine dans un corps d’inspection (rappelons que le directeur de cabinet de la même ministre est passé à la Cour des Comptes)
  • la nomination d’une conseillère de Myriam El-Khomri dans le corps préfectoral
  • la nomination du directeur de cabinet de Jean-Jacques Urvoas comme directeur des affaires civiles du Sceau.

Encore ne s’agit-il là que de quelques nominations épisodiques parmi une foule d’autres recasages dont on mesure, une fois de plus, qu’ils accentuent la politisation de la haute fonction publique que le statut est supposé éviter…

Source contrepoints.org
Par Éric Verhaeghe.

Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien"
http://www.eric-verhaeghe.fr/


mercredi 29 mars 2017

Dessins de presse


Dessins de presse

Billets-Trois scénarios pour une dette publique insoutenable


Trois scénarios pour une dette publique insoutenable

L’État français doit beaucoup d’argent et en a peu pour rembourser. Le jour où la BCE durcira sa politique monétaire, la France risque d’être très vite en difficulté. Sauf si la Banque Centrale renonce pour toujours à relever ses taux.

La montagne est toujours là. À vrai dire, elle est encore plus haute qu’avant. Et comme elle est friable, composée non de roches et de terre mais de confiance, elle risque de provoquer des éboulis mortels. Surtout que le grillage posé il y a cinq ans pour la retenir risque d’être bientôt retiré.

Cette montagne, c’est notre bonne vieille dette publique, qui approche inexorablement des 100 % du PIB (96,2 % prévus à la fin de l’année par la loi de finances, 97 % selon les dernières prévisions de la Commission européenne). À vrai dire, on l’avait un peu oubliée ces dernières années. Notre cher président, qui s’est plaint d’avoir « manqué de bol » sur la courbe du chômage, ne saurait en dire autant sur les finances publiques. François Hollande a bénéficié d’une chance inespérée, venue du malheur des autres. A peine était-il arrivé à l’Elysée en mai 2012 que les taux d’intérêt se sont en effet envolés… Non pas sur la dette française, mais sur la dette italienne et espagnole (taux proche de 7 % en Italie, au-delà en Espagne). À tel point que la zone euro menaçait d’éclater. Fin juillet, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a calmé le jeu en déclarant que la BCE fera « ce qu’il faudra » pour préserver la monnaie unique. Alléluia ! En déversant des centaines de milliards sur les marchés pour acheter des obligations d’Etat, la BCE a fait baisser les taux d’intérêt qui sont même parfois devenus négatifs, anesthésiant les tensions sur la dette publique pour des années. Ce qui fait dire en toute candeur au candidat socialiste à l’élection présidentielle, Benoît Hamon, que « nous pouvons parfaitement vivre avec une dette à hauteur de 100 % du PIB. »

Sauf que ce temps béni pourrait bientôt s’achever. Aussi sûr que 2 et 2 font 4 ? Dans la zone euro, la croissance annuelle approche enfin les 2 %. Et en février, l’inflation a cogné la barre des 2 %, alors que l’objectif premier de la BCE est de maintenir la hausse annuelle des prix « en dessous de, mais proche de 2 % ». Il y a, bien sûr, plein d’arguments pour relativiser ces chiffres - l’activité manque de ressorts puissants, l’accélération des prix vient d’abord du renchérissement du pétrole, qui va bientôt « sortir de l’indice », etc. Mais la pression va s’accroître sur les banquiers centraux pour qu’ils précisent l’horizon du resserrement monétaire (quand vont-ils diminuer leurs achats de titres, quand vont-ils relever leurs taux d’intérêt ?). Pour au moins trois raisons : d’abord, banquiers et les assureurs gagnent moins d’argent quand les taux sont très bas ; ensuite, les épargnants veulent que leurs économies rapportent davantage ; enfin, les Allemands dont l’économie est au plein-emploi, aspirent à une politique monétaire moins accommodante pour limiter les risques d’emballement des prix ou de la spéculation.

Et si la Banque centrale européenne diminue ses achats de titres, retirant ainsi ce maillage qui empêche la montagne de laisser tomber des cailloux, si les taux d’intérêt remontent vraiment… alors la question de la dette va redevenir très vite centrale (comme elle n’a jamais cessé de l’être en Grèce). Signes de ce vent qui tourne : le FMI vient de publier un texte de doctrine sur la dette souveraine. Et les investisseurs demandent aux équipes de recherche des banques… des études sur la soutenabilité de la dette publique dans les différents pays de la zone euro. Or la France a ici un vrai souci. La Commission européenne l’a rappelé fin février au détour d’une phrase dans son très technique « paquet d’hiver du semestre européen » : « Les risques en termes de soutenabilité à moyen terme sont élevés. » L’agence de notation Moody’s estimait début mars que « La France a un poids de la dette très élevé », rappelant qu’elle affiche « depuis plusieurs dizaines d’années de mauvais antécédents en termes de réduction de la dette. » A l’exception du coup d’accordéon sur la trésorerie de l’Etat en 2006, sa dette publique n’a cessé de grimper depuis un demi-siècle - lentement, en temps ordinaire, et par sauts de cabri en temps de récession (+20 points de PIB entre 1992 et 1997, +30 points entre 2008 et 2014).

Face au risque d’une dette devenant insoutenable, on peut esquisser trois scénarios. Le premier serait une France qui change. En ces temps de campagne électorale, il n’est pas interdit de rêver à un nouveau président qui réussirait le tour de force de maîtriser les finances publiques tout en débridant la croissance, ce qui engendrerait des ressources nouvelles destinées en partie au service de la dette. Le deuxième serait une France qui bloque, par refus ou incapacité d’honorer sa dette. Benoît Hamon semble avoir songé à un gel (« Dire que l’on va s’en sortir sans moratoire (…), cela ne tient pas la route ») avant de l’écarter. La candidate du Front national, Marine Le Pen, assume ce choix en voulant rembourser des euros en francs imprimés par la Banque de France. Il est difficile alors de ne pas envisager un bain de sang financier.

Le troisième scénario, le plus probable, serait une France qui continuerait comme avant, mais en moins bien. Elle devrait verser des taux d’intérêt plus élevés à ses prêteurs, qui ne savent pas vraiment où placer leur argent. Cette charge croissante de la dette, payée aux deux tiers à des créanciers étrangers, aurait l’effet d’une saignée continue sur l’économie nationale : elle l’affaiblirait. À moins que… la BCE découvre tout bonnement qu’elle ne peut pas arrêter ses achats d’obligations sans déclencher une crise financière majeure. Elle continuerait alors indéfiniment d’acheter des titres publics, comme le fait désormais la Banque du Japon. Naguère, l’impression de billets pour financer les déficits publics menait immanquablement à la banqueroute et à la fuite devant la monnaie. Le vrai défi aujourd’hui est d’imaginer la version XXIe siècle de la crise des assignats, qui avait plombé la Révolution française.

Source institutmolinari.org

Par Jean-Marc Vittori

mardi 28 mars 2017

Billets-Les Français, spectateurs de leur propre naufrage


Les Français, spectateurs de leur propre naufrage
Malgré les rapports alarmants de la Cour des Comptes, l’État continue de mener grand train et de dépenser sans compter. Les subventions diverses, variées et dodues dont bénéficie annuellement la presse sont jugées inefficaces par la Cour des Comptes ? Qu’à cela ne tienne ! Les élus voteront tout de même le sauvetage de L’Humanité, ce journal qui s’en trouve aussi dépourvu que de lecteurs qui, jadis, pleura Staline. On s’en émeut aujourd’hui, certes ; mais peu s’offusquent du soutien apporté à Chavez malgré les souffrances qu’il cause au peuple vénézuélien.

Alors qu’ils justifient leurs méfaits par le soutien que leur apportent des électeurs (pourtant minoritaires), les élus sont incapables de comprendre que si les Français ne veulent plus acheter une presse qui se gargarise de ses reprises biaisées de dépêches AFP, les forcer à payer pour des journaux qu’ils ne lisent plus va contre leur volonté.

Il faudrait être bien naïf pour croire encore que les décisions des élus sont l’expression de la volonté du peuple. Quel citoyen approuve les banquets du RSI, les primes des ministères, l’achat d’une collection de bonsaïs par le Conseil Général des Hauts-de-Seine, et la « disparition » de nombreuses œuvres d’art à chaque changement de tête ? Si l’État se permet de dépenser autant, avec fierté plutôt qu’avec honte, c’est parce qu’il persévère dans l’erreur selon laquelle la dépense publique crée de la richesse. Sans attendre des élus qu’ils notent la faiblesse logique de leur raisonnement, on pourrait au moins espérer qu’ils constatent l’échec des politiques de relance par la dépense menées depuis des décennies. Chaque année depuis 40 ans, ils votent un budget en déficit, sans sourciller.

Les Français ne semblent pas sourciller non plus, sauf pour descendre dans la rue en signe de protestation contre les rares lois qui ne leur nuisent pas comme le mariage homosexuel. Ils ne font plus confiance aux partis au pouvoir, et ils ont bien raison ; mais de plus en plus d’entre eux placent de l’espoir dans un parti au programme ridicule et aux intentions plus que douteuses. Leur prochain président sera choisi entre diverses nuances de socialisme, du rouge au brun en passant par la pastèque (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur).

La presse (commodément subventionnée) se contente de relayer les mesures prises par des ministres incompétents, dont le seul mérite consiste à avoir convenablement servi le Parti. Il y aurait pourtant fort à en dire ; les priorités désopilantes de ceux qui nous dirigent se traduisent tantôt par des objectifs témérairement stupides (diviser par 2 nos émissions d’ici 2050), tantôt par des mesures liberticides à bras raccourcis (40% de femmes dans les conseils d’administration).

Ce qui caractérise le pays dans son ensemble, c’est le déni. Les contrats d’avenir ne nous sortirons pas plus de l’ornière que le retour au franc ; mettre la vie des Français en coupe réglée ne remplacera pas les coupes budgétaires nécessaires ; menacer et contraindre les entreprises ne favorisera ni l’investissement ni l’emploi. La France a besoin de réformes structurelles, que tous s’emploient à repousser autant que faire se peut, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il sera trop tard quand toutes les caisses seront vides, aussi bien celles de l’État que celles des Français (en dehors de celles des hommes politiques et de leurs proches, qui sont depuis longtemps à l’abri du besoin et échappent commodément à la prison).

Une fois que la situation sera perçue dans toute sa gravité, on pourra remplacer les incantations à la courbe du chômage par des mesures de bon sens, que nos voisins européens ont déjà engagé. Certes, l’Europe n’échappe pas aujourd’hui à la tendance mondiale au surpoids étatique, mais certains pays ont le mérite de s’en rendre compte et l’espoir que la catastrophe puisse être évitée.

On admet volontiers en Finlande que l’État ne peut pas créer la croissance, on substitue petit à petit le privé au public en Suède, et on envisage avec sérieux la sortie d’une Union Européenne trop couteuse au Royaume-Uni.

Mais en France, rien de tout cela. Face la crise d’un modèle économique et politique dépassé (qui ne fait que commencer), la France, nue, se drape d’illusions, barricadée dans sa forteresse idéologique qui a tout d’une prison. Surtout pour les citoyens, condamnés à accepter ce qu’on tente de faire passer pour l’expression de leur volonté et la poursuite de leur meilleur intérêt.

Un jour, peut-être, la situation changera ; à eux d’en décider, et d’agir en conséquence. En attendant, les Français sont spectateurs de leur propre naufrage.


Source contrepoints.org

lundi 27 mars 2017

Billets-Suggestions pour défendre la liberté


Suggestions pour défendre la liberté

Suggestions américaines pour mener une vie plus libre, donner l’exemple et faire la différence. Certaines ne sont pas très applicables en Europe mais elles vous inspireront.

Les libéraux s’élèvent contre le monstre appelé « État » mais cela pose tout de même un gros problème. L’État n’a pas grand chose à faire de ce que nous pensons. Il continue gaiement à oppresser les gens, ruiner des vies et à saccager la liberté et la propriété privée. Que peuvent faire les défenseurs de la liberté pour faire la différence ?
La « gauche progressiste » est très forte pour avancer par petits pas vers son objectif. Elle se focalise sur les moyens concrets d’améliorer la vie. Elle nous dit que nous devrions utiliser des vélos et non pas conduire nos voitures, recycler plutôt que mélanger les déchets, faire du compost etc. Ces expressions de leurs valeurs politiques au sein même de leur mode de vie constituent une sortie de liturgie quotidienne pour des gens intéressés par la mise en pratique d’un point de vue sur la manière dont le monde devrait être.

Pourquoi les libéraux n’ont-ils rien de similaire ? Un plan pour la mise en pratique de notre vision de l’ordre social au sein de notre vie privée ? On y arrive. J’ai remarqué à la dernière Porcfest un accent très fort sur la pratique de la liberté. Ce n’est pas la même chose que faire de la politique conventionnelle. En fait, c’est bien plus radical. Il s’agit de s’investir, soutenir les causes justes, se faire un chemin à coup de griffes vers la liberté et construire des institutions solides en dehors de l’État.

Sur la base de mon expérience à Porcfest, voici une tentative de chronique pour une procédure de rébellion silencieuse :

  1. Sortez des dettes
Depuis que les banques centrales ont été créées par les États, le système monétaire récompense les endettés au détriment des économes. Les présidents et les économistes employés par le gouvernement ont encouragé les gens à vivre au-dessus de leurs moyens, l’État montrant l’exemple. Voyez maintenant comment les dettes ont compromis notre indépendance, nos choix possibles et, au final, notre liberté personnelle. Pour une vie plus libre, on peut remédier à cette situation.

  1. Réexaminez l’école publique
La plupart des gens ont recours à l’école publique par réflexe, mais il existe peut-être une meilleure voie, malgré le contrôle public. À peu près partout, malgré tous les obstacles, il existe des organisations de homeschooling, de petites options privées ou des écoles religieuses.

  1. Possédez une arme à feu
Les armes sont le produit de l’entreprise privée, une épopée historique pour la protection de la propriété et de la vie. N’en laissez pas le monopole à l’État.

  1. Achetez des munitions
Même si vous ne possédez pas d’arme à feu, nombreux sont ceux qui estiment que les munitions constituent un investissement intéressant. Leur prix ne cesse de grimper et, en cas de crise, elles pourraient prendre beaucoup de valeur.

  1. Achetez de l’or
C’est peut-être un très bon investissement mais ce n’est pas ici le sujet. L’or constitue un rappel criant que, fut un temps, la monnaie appartenait au peuple, pas aux banques ni à l’État. En posséder, ne serait-ce qu’un peu, permet de garder cette vérité à l’esprit.

  1. Achetez des bitcoins
Les cryptomonnaies sont peut-être la plus spectaculaire innovation de notre époque. Il n’est pas difficile d’en faire partie. Téléchargez un porte monnaie, achetez en ligne ou localement, utilisez le distributeur de Bitcoin, et commencez à apprendre comment utiliser la monnaie de l’avenir.

  1. Voyagez en dehors du pays
Le nationalisme est un réflexe mais il est totalement facultatif. Sortir de votre pays maternel est un moyen magnifique de voir qu’il existe une vie en dehors de l’État-nation.

  1. Ne prononcez pas le serment
Le « serment d’allégeance » est une invention socialiste/fasciste du début du 20e siècle, une invention qui vous écarte de l’auto-détermination et vise à faire de l’État une religion.

  1. Tentez l’éducation pacifique
Si le principe de non-agression est le premier principe de la vie sociale, pourquoi ne le serait-il pas pour la vie familiale également ? L’excès de pouvoir est un problème, quel que soit le lieu où il intervient. La paix des ménages est un très bon professeur.


  1. Éteignez les médias traditionnels
Fut un temps, l’État contrôlait toutes les informations auxquelles vous aviez accès grâce à des structures réglementées. Ce temps est révolu. Vous pouvez accélérer la mort des médias traditionnels simplement en ne leur accordant plus votre attention.

  1. Venez à Porcfest ou à d’autres événements
Un événement sur le thème de la liberté peut changer votre vie en vous ouvrant à de nouvelles idées, vous aidant à développer de nouvelles amitiés et montrer la joie que confère la liberté. Il y en a de plus en plus dans le pays.

  1. Soutenez les « food trucks »
La révolution des food trucks (camions à nourriture) fait plaisir à voir. Tout le monde ne peut pas être réglementé et il existe des millions de ces restaurateurs justiciers qui roulent à travers le pays. Ils ont besoin de votre soutien.

  1. Réévaluez le matérialisme
Les politiques publiques récompensent depuis longtemps l’accumulation et le consumérisme de court-terme. Économiser et ne pas dépenser, se débarrasser de ce qui vous pèse et penser à l’avenir, voilà des actes révolutionnaires.

  1. Achetez un auto-collant à pare-choc
Il arrive qu’un simple slogan à l’arrière d’une voiture soit le déclencheur d’une nouvelle manière de penser. De surcroît, cela peut vous faire rencontrer des gens fantastiques.

  1. Modifiez vos équipements ménagers
La réglementation contrôle tant de choses chez vous, mais vous pouvez contourner une bonne partie des problèmes qui en résultent en modifiant votre pomme de douche, votre ballon d’eau chaude ou la pression de votre eau courante. Rien de tout cela n’est illégal et cela peut massivement améliorer votre vie quotidienne.

  1. N’oubliez pas les prisonniers
La plupart d’entre nous connaissons des gens emprisonnés de manière injuste. Plus de la moitié le sont sans bonne raison. Ils ont besoin de lettres, de visites et leurs familles ont besoin de votre soutien. Ils constituent la première ligne des victimes de l’État. Ne les oublions pas.

  1. Soyez bons avec les autres
Un aspect de la démocratie est la manière dont elle dresse les individus les uns contre les autres, sur la base du sexe, de la race, de l’éducation, de la religion, des capacités ou de n’importe quelle manière que les élites trouvent. Vous pouvez éviter cela par de simples actes d’amitié qui refusent de participer à ce monde impitoyable.

  1. Utilisez Uber ou Lyft (ou Allocab, NDT) pour vous déplacer
Toutes les villes ont tenté de mettre en place le monopole des taxis, et c’est une belle chose que de le voir exploser grâce à l’entrepreneuriat. Lorsque vous avez le choix, pourquoi ne pas utiliser un service privé plutôt qu’un service public ?

  1. Utilisez AirBnB pour déjouer les réglementations
La révolution du partage est intervenue avant que l’État puisse la contrôler, et vous avez maintenant d’incroyables services en dehors des réglementations urbanistiques. Vous pouvez proposer une chambre de votre maison ou utiliser celle de quelqu’un d’autre lorsque vous voyagez.

  1. Payez cash
Il y a peu d’employés ou de petites boutiques qui ne préféreront pas être payés en espèces plutôt que de devoir régler d’importants frais de carte de crédit.

  1. Utilisez Craigslist (ou Le Bon Coin, NDT)
Voici un service impressionnant, un produit du marché libre qui illustre l’incroyable inclusivité du commerce peer-to-peer.

  1. Assemblez un réseau
Si la lutte en arrive à l’État contre les individus, nous allons perdre. Cependant, se réunir en groupes de soutien nous donne à tous une chance. C’est l’avantage principal des réseaux sociaux. Nous pouvons construire des institutions qui nous aident personnellement et qui peuvent s’élever contre le contrôle du Léviathan.

  1. Commandez vos médicaments sur ordonnance à l’étranger
Le législateur déteste le marché en ligne des médicaments sur ordonnance mais il ne peut pas le faire disparaître. Bien souvent, vous payez pour des médicaments usuels moins de la moitié du prix que vous auriez payé dans les pharmacies réglementées, et le marché concurrentiel a permis de notables améliorations dans la qualité et le service.

  1. Téléchargez et lisez des livres électroniques gratuits
L’économie de marché cherche depuis plus de 1000 ans à mettre la littérature entre les mains de tout un chacun. Ce jour est finalement arrivé. Avec une tablette à 100 euros, vous pouvez télécharger des milliers de livres. Profitez-en !

  1. Développez des compétences
Même si cela peut paraître extravagant, rien ne remonte davantage le moral que l’acquisition d’une nouvelle compétence et le sentiment de valeur individuelle qu’elle vous apporte. Cela peut être la fabrication du vin. Ou le jardinage. Ou les arts martiaux. Un investissement pour vous-même est un investissement pour la liberté.

  1. Ayez un passeport
Les passeports ne devraient pas exister mais si vous n’en avez pas, vous êtes coincé dans votre pays d’origine. Ceux qui aiment la liberté devraient être prêts à se sauver, si cela se révélait nécessaire.

  1. Faites-vous des amis
La nature de l’étatisme est de dresser les individus les uns contre les autres, éloignant de plus en plus le civisme de nos vies. Le moyen le plus simple de renverser cette tendance est de cultiver de belles amitiés et de s’y accrocher comme à des trésors tout au long de sa vie.

  1. Mangez paléo
Dans les années 1970, l’État a décidé que la meilleure nourriture à fourrer dans notre bouche devait être pleine de glucides. C’était de la mauvaise science qui a eu pour résultat une dégradation de la santé. Nous avons toujours le droit de choisir ce que nous mangeons et ne pas faire ce que l’État recommande est un bon début.


  1. Utilisez la technologie pour éviter les contrôles de police
Nous savons ce que fait la police : elle collecte des taxes sous le prétexte de faire respecter les lois routières. Nous avons maintenant des applications comme Waze (ou Coyote, NDT) qui nous préviennent lorsque la police nous surveille, et nous permettent de prévenir les autres. C’est un souffle pour la liberté individuelle !

  1. Abonnez-vous à Netflix
Ce service a permis de mettre fin au monopole de diffusion télévisée, un merveilleux exemple de comment les entrepreneurs font tomber les barrières. De plus, Netflix produit la géniale série pro liberté House of Cards.

  1. Publiez un livre
Autrefois, écrire un livre était réservé à l’élite ou aux très chanceux. Maintenant, n’importe qui peut le faire. Vous pouvez écrire, promouvoir votre œuvre et laisser un bel héritage littéraire.

  1. Lancez votre business
Le commerce est la première ligne du progrès comme nous l’entendons, une manière de contourner l’immobilité et la stagnation d’un monde contrôlé par la bureaucratie. Faire bouger les lignes via l’innovation et le commerce contribue à rendre le monde meilleur.

  1. Soyez en bonne santé
L’État ruine les services de santé depuis plus d’un siècle et cela ne fait que s’aggraver. Il n’a jamais été aussi important de prendre en charge votre propre santé. De surcroît, le marché libre a largement démocratisé l’information sur la santé qui était autrement contrôlée par le cartel médical.

  1. Essayez les prêts peer-to-peer
Jadis, seules les banques pouvaient prêter de l’argent, sinon il fallait dépendre de la famille. Cette situation a dramatiquement changé depuis l’apparition de services comme LendingTree. Vous pouvez maintenant prêter et emprunter dans de bien meilleurs termes que grâce au système traditionnel.

  1. Contribuez à un Kickstarter (ou autre plateforme de crowdfunding, NDT)
Il est si beau de voir comment les services en ligne permettent aux créateurs de lancer leurs idées et lever les fonds nécessaires à leur entreprise ou projet artistique. Ces outils nous sont maintenant accessibles et les utiliser est également un moyen de soutenir des approches originales de l’entreprise.

  1. Devenez un « maker »
Le mouvement des « makers » dans l’impression 3D promet de grands bouleversements dans les réglementations et les contrôles des années à venir. Même les produits eux-mêmes migrent vers la frontière digitale. Vous pouvez installer une usine dans votre chambre d’amis !

  1. Vivez à l’étranger
Ceux qui partent vivre entre trois mois et un an à l’étranger rapportent qu’ils ne s’étaient jamais sentis aussi libres. Quitter la proximité et la juridiction du plus grand pays du monde peut procurer le remontant émotionnel et intellectuel dont nous avons besoin pour endurer les derniers jours du despotisme.

  1. Expatriez-vous
Ceci est une solution radicale mais aussi une solution que de plus en plus choisissent. Le nombre d’individus renonçant à leur citoyenneté atteint des niveaux records. Cette option est surtout accessible aux gens à l’aise financièrement mais c’est quelque chose à quoi chaque personne en ayant les moyens devrait réfléchir.

  1. Encouragez les arts
Pouvez-vous imaginer que l’État pensait pouvoir prendre en charge le financement de l’art ? Cela n’a pas trop bien fonctionné mais fort heureusement, l’art a survécu. Soutenir les arts est un moyen de se souvenir que la liberté ne concerne pas que la prospérité matérielle mais vise aussi à rendre le monde plus beau.

  1. Ouvrez un salon
La pensée libérale moderne est née dans des salons de New-York, des groupes de discussion se rencontrant chez des particuliers. Cela ne nécessite pas grand monde, peut-être quatre à douze personnes. Cela peut concerner des livres ou alors simplement des idées en général. C’est un excellent moyen de nourrir son esprit et de passer à l’action.

  1. Faites des réserves de pièces en argent
Vous pouvez acheter des sacs de pièces d’argent assez facilement, et elles sont reconnues universellement. En cas de désastre naturel, ces petits trésors peuvent être exactement ce dont vous avez besoin. En cas d’hyperinflation, elles peuvent vous sauver la vie.

  1. N’utilisez pas de maïs dans votre carburant
L’éthanol est un incroyable racket, des subventions accordées aux cultivateurs de maïs qui sèment la pagaïe dans les moteurs et consentent des rendements de production inférieurs. Certains revendeurs s’en tiennent éloignés toutefois. La plupart des villes proposent une ou deux stations où vous pouvez vous procurer du carburant sans maïs qui ne devient pas inutilisable après avoir été stocké pendant un an.

  1. Évitez l’université
Pensez aux deux coûts majeurs de l’université : tout d’abord la dépense brute puis la perte de quatre années durant lesquelles l’étudiant pourrait acquérir de réelles compétences. Pour de nombreux domaines techniques, éviter l’université n’est pas une option mais c’est le cas de nombreux autres domaines. Cela ne signifie pas ne pas acquérir de formation mais simplement ne pas gaspiller votre temps et votre argent.

  1. Commencez à travailler tôt dans votre vie
Les lois iniques sur le travail des enfants condamnent les jeunes adolescents à l’inactivité, ce qui ne leur permet pas d’avoir un aperçu de la vie commerciale dans le vrai monde. Il existe tout de même des possibilités mais il faut bien chercher. Faire du bénévolat pour n’importe quelle entreprise ou institution est toujours préférable au fait de ne rien faire.


  1. Supprimez votre nom des listes électorales
Voter donne l’illusion mais pas la réalité d’avoir le choix. Être enregistré présente aussi le risque de devoir être juré. Se retirer est une manière pacifique de protester.

  1. Constatez l’anarchie
Si vous adoptez le bon regard sur la vie en général, vous en viendrez à remarquer à quel point on retrouve ce qu’on aime dans la vie associative et le commerce. Une fois que vous l’avez observé, vous en viendrez à voir toute cette belle anarchie autour de vous, ce qui enthousiasme et laisse apercevoir des possibilités d’avenir.

  1. Investissez-vous pour les autres
Les relations privées que nous nouons dans nos vies constituent un rempart entre l’État et nous. Mais les rendre vraiment solides nécessite de faire attention aux besoins des autres au travers de simples actes de générosité et de réels témoignages d’amour. S’investir pour les autres signifie s’investir pour soi-même.

  1. Sympathisez avec la dissidence
Chaque jour, l’État arrête des individus qui n’ont que peu de défenseurs : des drogués, des dealers, des prostitués ainsi que d’autres figures marginales de la société. Considérez que les libertés de chacun sont importantes pour les nôtres. S’élever pour les dissidents, même, voire en particulier, si vous n’aimez pas ce qu’ils disent ou font, est essentiel lorsque chacun devient une cible potentielle.

  1. Rejoignez Liberty.me (ou lisez Contrepoints ! NDT)
Cette ville numérique est entièrement dédiée aux moyens d’atteindre davantage de libertés par le crowdsourcing, naviguer dans les eaux du Leviathan, et nous diriger vers un avenir de liberté que nous construisons nous-mêmes. Elle fonctionne avec des cours du soir, l’accès à la littérature scientifique, la publication des productions de chacun, des guides sur tous les sujets mentionnés ci-dessus et une communauté qui grandit chaque jour, toute la journée. Rejoignez-nous pour un essai gratuit et menez une vie plus libre.

L’État moderne ne s’est pas fait en un jour. Nos libertés ont été perdues pendant certaines violentes périodes d’imposition sinistre mais pour la plupart, nous les avons perdues à petits pas. C’est le même chemin que nous devons emprunter pour les regagner, étape par étape. Non-conformité, dissidence, libre pensée, actions conformes à nos convictions : c’est ainsi que nous pourrons bâtir un monde nouveau et mener l’État à son obsolescence.

Bien évidemment, vous êtes libres d’ajouter vos propres idées. Il nous faut bien 5000 manières de mener une vie plus libre !

Billets-Et si on supprimait la fonction de Premier ministre ?


Et si on supprimait la fonction de Premier ministre ?

On le sait, les Français sont attachés à la fonction présidentielle. Mieux vaudrait supprimer le poste de Premier ministre, se débarrasser de cette « fiction » et donner de vrais pouvoirs au Parlement et à la société civile.

Le double exécutif et l’impuissance du Parlement sont des handicaps pour la France. Nous sommes le seul pays riche et démocratique avec ce genre d’organisation institutionnelle. Mieux vaudrait supprimer le poste de Premier ministre, se débarrasser de cette « fiction » et donner de vrais pouvoirs au Parlement et à la société civile.

En 1992 paraissait aux Éditions Plon le livre de Jean-François Revel intitulé L’absolutisme inefficace ou contre le présidentialisme à la française. Réquisitoire implacable contre le système politique de la Vème République, ce petit ouvrage (moins de 200 pages) mais, ô combien, concis, riche et complet, dénonçait le paradoxe de l’omnipotence du pouvoir exécutif français devenu avec le temps d’une saisissante inefficacité.

Nous vivons dans une « démocrature », tenait à préciser Revel. Il s’agit d’un régime autoritaire dans lequel l’Élysée décide à la place de tout le monde et dans tous les domaines, sans consulter personne (surtout pas l’Assemblée) et qui ne peut déboucher que sur des décisions arbitraires.
La fiction du premier ministre
Toutes les tares de notre régime présidentiel sont analysées par Revel : la « fiction » du Premier ministre se trouvant à la merci de l’Élysée et lui servant de fusible en cas de retournement de conjoncture, une Assemblée inexistante et incapable de s’opposer à l’exécutif, une présidence paradoxale car omnipotente et incapacitante à la fois, et enfin, un absolutisme présidentiel se situant au-dessus des lois et s’appuyant sur l’illusion de la communication et les excès de la dépense publique.

De plus, le président peut très bien dissoudre un Parlement qui ne serait pas à ses ordres. Quelque chose a changé aujourd’hui ? Sous François Hollande, on en a vu un – Jean-Marc Ayrault – au début de la présidence obligé de démissionner (le fameux « fusible » ) vu la situation économique du pays et le gouffre de l’impopularité du… Président. Ce dernier est toujours considéré comme « le dernier recours », la « haute autorité » dont « le dernier mot pèse dans la balance ».
Une tradition monarchique
Comme les monarques sous l’Ancien Régime. Sauf que les grèves organisées par les syndicats ont remplacé les jacqueries, le président prenant position en fonction des intérêts immédiats (en cédant et en limogeant son Premier ministre), tandis qu’en politique étrangère, le président a accaparé un domaine qu’il considère comme réservé alors que, la Constitution ne le dit nullement. En se débarrassant du Premier ministre et/ou des ministres encombrants, l’Élysée ne fait que perpétuer cette situation de crise de l’Ancien régime lorsque le roi faisait le ménage parmi les membres de son conseil.

Cette fameuse « raison d’État » a toujours été la règle sous la Vème République, surtout lorsque le chef du gouvernement n’était plus en odeur de sainteté à l’Élysée ou bien lorsqu’il fallait augmenter les impôts (comme par hasard, les historiens ont remarqué que les monarchies limitées comme celle de l’Angleterre taxaient moins que la monarchie absolue française).

Le système de nomination de la présidence de la République n’est pas tellement différent de celui de la monarchie absolue. Le Président s’entoure de ses fidèles qu’il nomme à des postes de conseillers. Le gouvernement, qui n’est nullement le reflet de la volonté de l’Assemblée, est aussi constitué d’amis, de fidèles du Président, alors qu’il devrait être l’émanation de l’Assemblée.
Le double exécutif
Le secrétaire général de l’Élysée ayant plus d’importance que le Premier ministre, il est beaucoup moins exposé aux risques de la mise à l’écart comme l’est le chef du gouvernement. Un exemple éloquent a été la nomination d’un technocrate non élu, Dominique de Villepin, en tant que Premier ministre face à un Parlement élu mais obligé de subir les décisions de l’Élysée.

On le sait, la France est connue pour ses exceptions. Celle-ci pèse sur notre vie démocratique comme une chape, mais c’est aussi celle dont on parle le moins. Il s’agit donc de ce « privilège » d’avoir un double exécutif. D’un côté, un Président avec le pouvoir mais sans les responsabilités et, de l’autre, un Premier ministre avec les responsabilités mais sans le pouvoir.

Ensuite, quelque part, non pas entre les deux, mais éloigné des deux, se trouve un Parlement soumis. Soumis d’abord aux caprices du Président, ensuite aux décisions du gouvernement qui lui impose non seulement la politique à suivre mais aussi l’ordre du jour.

Comme le gouvernement n’est pas l’émanation du Parlement mais celle du Président, on se retrouve avec un chef du gouvernement arbitrairement nommé pour diriger la France. Cette autocratie de la Vème République illustre parfaitement l’impuissance à la française.
Réduire la puissance élyséenne
L’étatisation du pays ayant rendu pratiquement impossible toute réforme importante de l’économie et de la société, seule une revalorisation du rôle du Parlement et un rééquilibrage des institutions pourraient changer la donne. Parler de « renforcer les pouvoirs du Parlement » et de la baisse du nombre d’élus est très à la mode de nos jours. Mais cela ne veut rien dire sans la réduction de la puissance élyséenne.

Le président élu au suffrage universel doit devenir le seul exécutif ; il ne devrait plus pouvoir dissoudre l’Assemblée et celle-ci ne devrait pas pouvoir le renverser (sauf pour des fautes graves très précises). Il faudrait que l’Assemblée retrouve son indépendance et ses pouvoirs : légiférer et contrôler. Les exemples canadien, allemand et britannique montrent qu’un système parlementaire peut agir avec efficacité ; l’exemple américain, que le régime présidentiel n’est performant qu’avec un Congrès dynamique capable de le contrôler.

Ce double exécutif et l’impuissance du Parlement sont des handicaps pour la France. Nous sommes le seul pays riche et démocratique avec ce genre d’organisation institutionnelle. Partout ailleurs, les Présidents (Allemagne) ou les monarques (Grande-Bretagne, Espagne…) n’ont aucun pouvoir.

Aux États-Unis, il n’y a pas de Premier ministre. On le sait, les Français sont attachés à la fonction présidentielle. Mieux vaudrait supprimer le poste de Premier ministre, se débarrasser de cette « fiction » et donner de vrais pouvoirs au Parlement et à la société civile.

Source contrepoints.org
Photo Bernard Cazeneuve Credit Parti Socialiste (Creative Commons)
Par Nicolas Lecaussin.

Nicolas Lecaussin

Directeur du développement de l’IREF, Nicolas Lecaussin est diplômé de Sciences-po Paris, ancien président de l’iFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques), fondateur de Entrepreneur Junior et auteur de plusieurs ouvrages sur le capitalisme, l’État et les politiques publiques. Dernier livre publié : "L’obsession antilibérale française".

Billets-Le rôle salutaire de Cahuzac pour la démocratie


Le rôle salutaire de Cahuzac pour la démocratie

Jérôme Cahuzac a l’avantage de brutalement mettre un nom, un visage, un parcours, sur la face immergée de l’iceberg politique : l’étroite imbrication entre les élus qui gouvernent et les entreprises qu’ils réglementent et qui les financent.

Finalement, le procès de Jérôme Cahuzac a une vertu majeure : celle de mettre des mots et des aveux sur ce que tout le monde savait ou croyait savoir concernant le financement des partis politiques. On aurait bien tort d’en déduire un générique « Tous pourris », qui donne l’impression qu’une simple purge du personnel des partis suffirait à résoudre le problème. Bien au-delà de cette vision simpliste, c’est le destin même de nos démocraties qui s’éclaire, et c’est un coup de projecteur sur les mécanismes déterminant le gouvernement profond qui est donné.
Les phrases choc de Jérôme Cahuzac sur le financement des partis
Durant son procès, Cahuzac s’est donc livré à quelques aveux dont la presse a surtout retenu qu’ils impliquaient Michel Rocard. En particulier, il a replacé l’ouverture de ses comptes en Suisse dans le contexte général du financement des partis politiques par des entreprises. Celles-ci étaient (et sont probablement encore) plus ou moins priées de « payer l’impôt révolutionnaire » en échange d’une contrepartie publique (comme l’ouverture d’un supermarché sur le territoire d’une commune, par exemple).

Et en quoi consistait (et consiste encore) « l’impôt révolutionnaire » ? En un versement direct d’argent sur les comptes d’un parti politique, souvent par l’intermédiaire d’un tiers de confiance.
Épiphénomène ou système ?
Il serait dommageable de ne pas donner à ce témoignage la dimension systémique qu’il mérite. Dans le monde de bisounours qui nous est souvent présenté par les médias subventionnés, le citoyen lambda peut avoir le sentiment que les décisions sont prises selon des principes de rationalité politique ou économique, ou selon des affiliations idéologiques.

Cahuzac a l’avantage de brutalement mettre un nom, un visage, un parcours, sur la face immergée de l’iceberg politique : l’étroite imbrication entre les élus qui gouvernent et les entreprises qu’ils réglementent et qui les financent. Le sujet unique du procès Cahuzac est là : dans l’industrialisation d’un système qui finit par dessiner la mécanique du gouvernement profond. Industrialisation du financement des partis, d’un côté, où une sorte d’économie parallèle se dégage, fondée sur une corruption et un trafic d’influence à la source de toutes les grandes décisions publiques. Industrialisation de cette corruption, avec des entreprises qui organisent l’influence qu’elles peuvent avoir sur les élus et les lois en « investissant » de façon prévisible afin d’obtenir la bonne prise de décision.
Moralisation ou industrialisation de la corruption ?
Ce système, Cahuzac l’a dit, existe de longue date. La loi de 1988 sur le financement des partis va faire mine d’y mettre un terme. En réalité, elle va accélérer son industrialisation. Brutalement, en effet, le financement du parti politique ne se décide plus au restaurant du coin, autour d’une bonne tête de veau arrosée d’un Gamay approximatif. Ce n’est plus l’affaire de l’élu local qui monte une combine dans son coin. Tout cela devient trop dangereux, et cette pratique est d’ailleurs lâchée en pâture à l’opinion.

La réglementation (comme toujours est-il tentant de dire) ne supprime pas les mauvaises pratiques : elle les élitise, élimine les petits et favorise les acteurs industriels. C’est ici qu’un Cahuzac devient essentiel. Il faut désormais échapper aux contrôles trop stricts et aux opérations trop visibles. Le compte en Suisse, ou dans tout pays garantissant le secret bancaire, devient inévitable. Il faut un homme-lige pour réaliser l’opération, puis aller retirer l’argent versé pour le réinjecter, en liquide, dans le système. Tout ceci suppose une organisation en bonne et due forme, avec des possibilités de versement à l’étranger et une maîtrise des flux financiers suffisante pour ne pas se faire démasquer. Et des hommes de confiance que le « système » tient et qui tiennent au « système ». Des Cahuzac donc.
Pourquoi Cahuzac plutôt qu’un autre ?
Pour faire le sale boulot, un Cahuzac est une pièce maîtresse, une sorte de gendre idéal. Il est médecin, et pour les laboratoires pharmaceutiques, il est donc un ami et un confident. Il maîtrise accessoirement à merveille le sens des décisions réglementaires que souhaitent les laboratoires pharmaceutiques. Il est ambitieux mais n’est pas énarque. ll a donc tout intérêt à pactiser avec le diable, car le diable peut accélérer sa carrière et lui ouvrir des portes inattendues. Il est, au fond, totalement dépendant de ses financeurs, de ses mécènes, et c’est la meilleure garantie que ces entreprises pharmaceutiques puissent avoir pour leur retour sur investissement.

On comprend mieux ici l’importance, pour le gouvernement profond, de toute cette cour, de toute cette technostructure qui usine les décisions publiques. Ces gens-là sont au confluent des deux mondes, ils en constituent en quelque sorte la couche poreuse. D’un côté, ils ont la technicité complexe indispensable au fonctionnement de la machine étatique et réglementaire. De l’autre, ils sont à l’écoute des intérêts qui s’expriment, et profitent à plein de leur industrialisation. Plus le groupe d’influence à la manœuvre est puissant, plus le technicien aux ordres est enthousiaste : les bénéfices qu’il peut attendre de son trafic d’influence n’en seront que plus élevés.
Gouvernement profond et syndication de la connivence
Parce qu’il repose sur l’intervention d’une technostructure poreuse, le gouvernement profond qui oriente les décisions publiques à son profit (par exemple, par l’intervention d’un Cahuzac, la décision de mettre sur le marché un médicament dangereux, mais remboursé par la fameuse et bienfaisante Sécurité sociale) pratique la syndication industrielle de la connivence. Pour gouverner discrètement mais efficacement, le gouvernement profond a besoin d’une caste qui fait écran et qui agit loyalement dans la défense de ses intérêts.

Pour s’assurer de cette loyauté, le gouvernement profond a besoin de l’organiser, de l’animer et de la nourrir. Cette animation s’appelle les cabinets ministériels pléthoriques, les clubs et les cercles d’influence, comme le Siècle, les thinks tanks, et toutes ces sortes de lieux où le grenouillage est recommandé pour faire une carrière. Jusqu’à l’engloutissement total du navire.

Source contrepoints.org
Photo By: thierry ehrmann – CC BY 2.0
Par Éric Verhaeghe.


Éric Verhaeghe
Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien" http://www.eric-verhaeghe.fr/