vendredi 30 septembre 2016

Photos-Don McCullin



Don McCullin

Photographe né en 1935 en Angleterre. Il débute la photographie comme assistant en 1956 durant son service dans la RAF.


A partir de 1961, il commence une carrière de photographe. A partir de 1966 il travaille pour le Sunday Post (jusqu’en 1984).

Il photographie la misère en Irlande, la construction du mur de Berlin en 1961, La guerre civile à Chypre (World Press Photo Award en 1964), le Salvador, le Vietnam durant 10 ans, le conflit Israelo-palestinien, les famines (Biafra, Inde, Bangladesh), et plus récemment les ravages du sida en Afrique. Il sera multiplement récompensé pour ses reportages, entrant dans les cercles les plus reconnus de photographes de presse.

McCullin fait partie des "grands reporters", qui ont parcouru le monde, qui ont traversé les conflits des années 60, 70 et 80, les conséquences de la guerre froide et d’une globalisation qui ne dit pas encore son nom.

Ils l’ont fait avec la même brutalité que les événements qu’ils ont couverts. McCullin a la rage de dénoncer, de montrer la sale gueule des conflits internationaux, de faire remonter le collatéral en première page des journaux, de donner chair aux conflits abstraits pour l’occident.

“Pendant 20 ans, je n’ai jamais refusé une invitation à me rendre à une guerre ou à assister à une révolution. Pourquoi ? Je peux sentir la raison mais je ne peux pas l’exprimer" Il fait malheureusement partie de cette génération qui va faire monter les enchères du sensationnel à son corps défendant, à la sueur de son front et au péril, parfois, de sa vie. Si ses images de la guerre du Vietnam ont eu un grand impact sur l’opinion publique et ont contribué à l’arrêt d’un conflit absurde, elles ont aussi fait entrer dans l’inconscient collectif le corps étendus couverts de linceuls, les femmes en pleurs couchées sur le cadavre de leur enfant, le visage couvert de sang des soldats exténués. Et, par une exposition répétée, à en amoindrir l’impact sur nos consciences. La légende veut que son appareil Nikon arrête une balle en 1968, qu’il soit grièvement blessé au Salvador. Elle veut aussi que le gouvernement britannique lui ai refusé sa carte de presse pour couvrir la guerre de Malouines, en raison du trop grand impact visuel de ses images.

Cette génération de producteurs d’images fortes va découvrir la banalisation de la violence et le sensationnalisme, en même temps qu’elle va se coltiner le paradoxe du photographe de reportage : vivre de ce qu’on dénonce.

Chaque photographe a sa stratégie pour faire face aux insolubles questions morales que posent son métier. McCullin, comme une poignée d’autres, semble l’avoir réglé à la testostérone, par la proximité avec le conflit, l’engagement éphémère, mais physique, immédiat et total, avec les sujets qu’il photographie.

"La compassion et le remords au Biafra, n’ont jamais cessé de me poursuivre. On s’imagine naïvement que l’intégrité suffit à se justifier en toute situation. Mais face à des humains qui meurent, soudain ce n’est plus assez : si on n’est d’aucun secours, alors on n’a rien à faire là - et en quoi étais-je donc utile au peuple biafrais ? [...]" Extrait du journal Le monde du 6/04/07.

Ses photographies de la pauvreté en Angleterre (1978), sont la quintessence de la photographie sociale engagée. Images contrastées, directes, en noir et blanc, réquisitoire matraqué sur une réalité proche et invisible.

Depuis les années 90’, McCulin a progressivement laissé tomber la couverture de l’actualité mondiale pour photographier la campagne anglaise, en noir et blanc, des paysages sombres mais enfin apaisés, que les conflits sanglants on marqués, mais dont on ne photographie plus que les traces mystérieuses, présentes mais indéchiffrables.

Il aura mis longtemps pour arriver au trop plein de violence et de douleur, il passe visiblement le reste de sa vie à se demander pourquoi.

(une biographie est sortie aux Éditions Deplire : "Unreasonable Behaviour - Risques et Périls")


Paysage d'hiver du Somerset, Grande-Bretagne (1987)

Une mère épuisée et son enfant, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Famille entourant une femme qui vient de mourir du choléra, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Jeune albinos souffrant de malnutrition, Biafra (1969)

Mère de vingt-quatre ans avec son enfant, Biafra (1968)

Soldat américain commotionné attendant son transport à l'arrière, Hué, Vietnam (1968)

Miliciens chrétiens chantant devant le corps d'une jeune Palestinienne, bataille de Karantina, Beyrouth, Liban (1976)

Charges des soldats britaniques sur des jeunes gens qui leur lancent des pierres, Londonderry, Irlande du Nord (1970)

Repas du soir, Bradford, Grande-Bretagne (1978)

Clochard irlandais, East-End, Londres Grande-Bretagne (1968-69)

Première équipe de jour Aciérie d'Hartlepool, Grande-Bretagne (1963)

Photos-Don McCullin


Don McCullin

Référence pour des générations de photographes, Don McCullin commente trois de ses clichés, sur les trois sujets obsessionnels de sa vie : la guerre, la misère et la région anglaise du Somerset.

Le photographe britannique Don McCullin est né sous le signe de la guerre. Gamin, il joue au petit soldat avec son frère dans les ruines de Londres bombardé par les nazis. Un petit dur, qui en grandissant s'acoquine avec les mauvais garçons de son quartier. Mais le voyou a un coup de chance. Par un concours de circonstances, une de ses ­photos d'un gang du voisinage est publiée en 1959 dans The Observer, un hebdo du dimanche. A 24 ans, il réalise qu'il gagne beaucoup mieux sa vie avec ses images qu'avec les petits boulots de plongeur en wagon-restaurant ou de coursier, effectués dès l'adolescence, après la mort de son père. Bagarreur qui cherche la bagarre, pendant trente ans, Don McCullin couvre la violence du monde, ses famines, ses conflits civils ou militaires – Chypre, Biafra, ­Salvador, Vietnam, Cambodge, Irlande du Nord, Liban, Afghanistan... Originaire d'une famille extrêmement pauvre, il con­sacre des reportages à ce qu'il appelle « l'autre guerre », celle de la misère sociale en Angleterre, avec ses éclopés, ses affamés, ses SDF, ceux qui souffrent.
C'est dans la tradition historique chère à Robert Capa qu'il photographie : au coeur de l'action, au plus près de ses sujets, et toujours en noir et blanc. Formé à l'école de la rue, il révèle un sens inné de la composition. Le jeune McCullin partait à la guerre pour l'aventure et pour éprouver son courage. Avant de la haïr, la trouver hideuse, et d'en « pulvériser » les mythes avec son objectif. Ses photos aux ­lumières sombres ne parlent que de la souffrance absurde que les hommes s'infligent. Quel que soit le camp, la guerre dans ses clichés est toujours « une défaite », dit très justement l'écrivain Jean Hatzfeld.

Salarié pendant dix-huit ans du prestigieux Sunday Times, Don McCullin en claque la porte en 1984, lors de sa reprise par Rupert Murdoch. La nouvelle ligne éditoriale le dégoûte : « C'était fini, les bébés mourant de faim dans le tiers-monde, place au barbecue dominical des hommes d'affaires en vue... ». Il se retire et photographie alors les paysages de sa région, le Somerset (dans l'Angleterre du Sud-Ouest). La marche du monde continue de le révolter. L'an passé, à 77 ans, il repart, appareil en bandoulière, du côté des rebelles en Syrie.
Véritable légende pour les jeunes générations, le « voyou de la photographie », selon ses propres termes, élevé en 1993 au grade de commandeur de l'Empire britannique par la reine, commente trois de ses images. Les trois sujets obsessionnels de sa vie.

 Le Somerset


Paysage d'hiver (Angleterre, 1991).
« Ici, dans le Somerset, il y a de forts champs magnétiques, des lignes de force qui viennent de Glastonbury et qui remontent vers le Yorkshire. Beaucoup d'énergie, d'histoires, c'est ce qui m'incite à faire ces paysages, l'énergie. Ça me permet de chasser les images des guerres. Au loin, on aperçoit une sorte de colline un peu tonique, les restes d'un temple romain. Dans mon enfance, pas de temple romain, une cour avec des poules et des rats ! Je n'ai pas oublié mes racines, je sais très bien d'où je viens. Mon travail m'a apporté une certaine reconnaissance, mais il faut être prudent avec ces choses-là. Je suis fier de ma vie, mais pas particulièrement de mes photos de guerre : elles reflètent le malheur qui arrive aux autres. Et nous, photojournalistes, avons essayé mais nous n'avons pas changé grand-chose. »

 La Guerre


Soldat américain commotionné attendant son transport à l’arrière (offensive du Têt, Huê, Sud-Vietnam, février 1968).
« Au retour de la bataille de Huê, en 1968, même si cela peut paraître difficile à croire, je n’ai pas sélectionné cette image. Elle ne figurait pas dans le choix final pour le Sunday Times Magazine pour lequel je travaillais. Et maintenant, elle dépasse en notoriété tout ce que j’ai fait là-bas.
On ne sait jamais comment les gens vont interpréter votre travail. C’est dans l’œil de celui qui regarde. Je ne pensais pas que ce soldat prendrait tant d’importance. C’est aujourd’hui une sorte d’image symbolique, universelle, le soldat traumatisé. Naturellement, c’est bien, mais je n’ai pas risqué ma vie pour rapporter cette image.
Je suis resté au moins une douzaine de jours avec les marines durant la bataille. Vers la fin, je suis passé par hasard dans cette enceinte où se trouvait un homme qui avait l’air d’avoir mille ans. J’avais un peu de temps et donc je me suis accroupi et je l’ai photographié. Je ne travaillais pas au moteur et je n’ai pris que cinq vues. Quand on regarde la planche-contact, elles sont quasi identiques. Juste après, je me suis remis en route, et un obus de mortier a explosé dans le coin. Je ne sais pas s’il a tué cet homme. Je n’ai jamais su ce qu’il était devenu. Dans une guerre, on ne s’arrête pas, on continue et on tente de survivre. »

 L'autre guerre


Consett (County Durham, Angleterre, 1974).
« Cette photographie a été prise dans la ville de Consett, comté de Durham, dans la région du Northumberland, au nord de l’Angleterre, au cours d’un reportage sur les aciéries. C’était une partie incroyablement moche de l’Angleterre, d’une véritable laideur industrielle. Ce couple s’apprête à traverser les voies de chemin de fer pour aller d’un quartier à l’autre. Ce qui m’avait beaucoup plu, c’est la cheminée d’usine dans le fond avec sa fumée à l’horizontale et les chaussures de la jeune femme. Lui, il était ouvrier. On voit que ce sont des gens très pauvres, dont la vie est dure, sans espoir d’avenir meilleur. J’ai grandi parmi des gens comme ce couple, des gens qui leur ressemblaient, qui vivaient comme eux, le milieu pauvre typique. Personne ne peut m’expliquer ce qu’est la pauvreté car je l’ai vécue, et je sais comment me comporter avec elle. Je n’ai pas de problème pour déclencher car, d’une certaine manière, je me sens le droit d’être là.
Pour un portrait comme celui-là, je m’assure que vous puissiez voir leurs yeux. Si je suis assez près, vous pourrez alors ressentir ce qu’ils pensent, et voir la clarté de leurs yeux. Leurs yeux vont parler pour eux. Ce sera leur voix. »

© Don McCullin (Contact Press Images)
Source Télérama.fr

jeudi 29 septembre 2016

Billets-Les années Chirac


Les années Chirac 

C’était quoi les années Chirac ? Comment les définir ? Quel est l’héritage du chiraquisme ?

Président de la Ve République  préféré des Français, Jacques Chirac est hospitalisé depuis une semaine pour une infection pulmonaire. Son état de santé préoccupe sa famille et suscite des marques de sympathie et des souhaits de bon rétablissement de toutes parts. Chacun en vient à repenser aux années Chirac et s’interroge : mais au fond, c’était quoi les années Chirac ? Comment les définir ? 

Les angles d’attaque concernant Jacques Chirac ne manquent pas. On peut évoquer ses atomes crochus socialo-corréziens avec Hollande, ses relations difficiles avec Nicolas Sarkozy, qui s’est rallié à Balladur en 1995 et qui a pris progressivement le contrôle de l’UMP, la professionnalisation de l’armée réalisée sous sa présidence, son engagement opiniâtre à faire de la lutte contre les accidents de la route une grande cause nationale, l’introduction bien malencontreuse du principe de précaution dans la Constitution, l’échec à convaincre les Français du bien-fondé du Traité constitutionnel européen (TCE, 2005). Ce sont des exemples.
Le refus du débat en 2002
Peut-être encore plus marquant que tout ceci, pourrions-nous ajouter sa volonté de toujours veiller à une forme d’unité de la France qui s’est manifestée dans son refus d’avoir un débat d’entre-deux tours avec J.-M. Le Pen en 2002, dans son choix de ne jamais s’allier au FN, ainsi que dans la reconnaissance des responsabilités françaises dans la déportation des Juifs et l’instauration d’une journée de commémoration de l’esclavage, tout ceci n’ayant cependant pas empêché les émeutes de 2005 et la montée inexorable du FN dans les votes des Français.

Pour ma part, je me suis livrée à une petite séance de réminiscence, non sans quelques difficultés, et dans le cours d’une vie politique longue, mouvementée, riche en retournements – d’aucuns diront en trahisons —, dont j’ai essayé de faire une revue dans l’article Les années Chirac (I), j’ai choisi de concentrer mon regard sur trois épisodes principaux : le tournant libéral de la première cohabitation avec Mitterrand de 1986 à 1988, le refus de participer à la guerre d’Irak avec les États-Unis (2003) et enfin, l’aboutissement du projet de musée consacré aux arts premiers et au cultures lointaines (2006).
Tournant libéral lors de la cohabitation de 1986 – 1988
Pour parler de cette période, le mot « tournant » est particulièrement bien choisi. Il s’applique aussi bien à la rupture initiée alors par rapport à la politique antérieure des socialistes qu’à l’évolution radicale de Jacques Chirac lui-même quant aux principes économiques qu’il favorisait auparavant. On se souvient qu’il voulait faire du RPR une force politique social-démocrate sur le mode d’un travaillisme à la française.

Avec la mise en place du programme commun de la gauche à partir de 1981, tout change et Chirac devient le chantre du libéralisme. Dans la vidéo ci-dessous, on a le plaisir de voir un Chirac très « swag » comparer Laurent Fabius à un roquet, lequel le prend assez mal et rétorque « Vous parlez au Premier ministre de la France ! » On a surtout le plaisir cocasse d’entendre Chirac écarter d’une chiquenaude les nationalisations du général de Gaulle et dire :
« Les nationalisations sont un système qui a prouvé qu’il était mauvais (…) Elles coûtent horriblement cher au contribuable (…) c’est un système d’irresponsabilité. » (débat sur TF1, octobre 1985)

C’est Édouard Balladur, ministre de l’Économie et des Finances, qui est chargé d’appliquer le programme. Il commence par une série de privatisations qui concernent aussi bien des nationalisations effectuées au lendemain de la WWII que celles du gouvernement Mauroy.
Comme souvent, la priorité du gouvernement est l’emploi. Les chômeurs, environ 600 000 en 1974, étaient passés à 1,5 million en 1981 sous l’effet du choc pétrolier. Le programme commun de la gauche n’avait rien arrangé, bien au contraire, puisqu’on en dénombrait 2,4 millions en 1986. Le gouvernement décide donc de rendre plus flexible le marché du travail en supprimant l’autorisation administrative de licenciement, en encourageant l’investissement et en faisant revenir les capitaux par suppression de l’IGF (Impôt sur les grandes fortunes établi par les socialistes) et de l’amnistie fiscale.
Priorité à l’emploi
Ces mesures, doublées d’une attention sociale développée par Philippe Seguin à l’égard du travail intermittent et des handicapés, redonneront quelques couleurs à l’économie française : l’inflation repasse sous les 3 % après avoir atteint 13,4 % en 1981, la croissance repart (4,5 % fin 1988) et le taux de chômage amorce un petit retournement de 10,5 %  en 1986 à 9,8 % en 1988.

Pour des raisons de pourrissement de la cohabitation, la droite ne sera pas reconduite en 1988. Mitterrand est réélu et Rocard succède à Chirac. Retour à la social-démocratie, qui profite surtout des mesures libérales impulsées précédemment par Jacques Chirac.
Refus de la guerre en Irak (2003)
Le 11 septembre 2001, les États-Unis sont victimes d’une attaque terroriste massive qui fait environ 3 000 morts. L’enquête pointe rapidement vers les réseaux islamistes d’Al-Qaïda et la question de la riposte se pose. Malgré un rapport de Condoleezza Rice, conseillère du Président américain pour les questions de sécurité, qui nie tout lien entre l’Irak et l’opération d’Al-Qaïda, l’administration du Président George W. Bush relance le concept de « guerre préventive » et identifie un « axe du mal » comprenant l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord. Ces pays sont accusés de fomenter le terrorisme et de détenir des armes de destruction massive.
Devant le Conseil de sécurité, les inspecteurs de l’ONU déclarent qu’ils n’ont pas trouvé trace de ces armes, mais le général Colin Powell apporte de son côté des informations (photos satellitaires, écoutes téléphoniques et même une fiole qui contiendrait de l’anthrax) propres à emporter l’adhésion des Nations unies. La France prend ses distances avec cette politique et refuse de participer à la coalition emmenée par les États-Unis à partir du 20 mars 2003 (opération « Irak Freedom »). Voir ci-dessous un extrait de l’intervention remarquée de Dominique de Villepin à l’ONU le 14 février 2003 :

Il est toujours plaisant de penser qu’un tyran est défait, et ce sera chose faite en quelques mois avec la chute du régime de Saddam Hussein et son arrestation en décembre 2003. Cette guerre apparaît pourtant comme un terrible échec, dont aussi bien Colin Powell que d’autres hauts dignitaires du renseignement américain se repentiront amèrement plus tard. « Une tache dans ma carrière », reconnaîtra Powell.

Comme le dit lui-même Jacques Chirac rétrospectivement (vidéo ci-dessous, 52″), elle a premièrement été déclarée sur la base de fausses allégations imputables à des erreurs, mais aussi à beaucoup de mensonges, et elle a secondement débouché, non pas sur la démocratisation de la région, mais sur sa déstabilisation. On en subit aujourd’hui de lourdes conséquences avec Daesh. « On n’exporte pas la démocratie dans un fourgon blindé » avait-t-il prévenu en 2003.
Passion pour le japon, arts premiers et musée du quai Branly (2006)
Il se raconte que quand Jacques Chirac a démissionné de son poste de Premier ministre de VGE en 1976, il aurait confié à ce dernier qu’il voulait quitter la vie politique, qu’il s’interrogeait sur sa vie, et qu’il envisageait même de monter une galerie d’art. Trente ans après, il est arrivé à avoir les deux, la politique et la galerie d’art !

À l’opposé de son image de Français du terroir buvant de la bière, mangeant de la tête de veau et ne trouvant rien de plus beau qu’une vache du salon de l’agriculture, Chirac cultive depuis toujours le goût des arts et professe une véritable fascination pour le Japon. Dès l’adolescence, il fréquente avec émerveillement le musée Guimet des arts asiatiques. C’est grâce à lui qu’il fera son premier voyage au Japon. Une cinquantaine suivront.

« J’ai été séduit par la virtuosité de vos potiers, par l’élégance de votre architecture, l’harmonie de vos jardins, le raffinement esthétique et la sensibilité de votre théâtre, par le rituel des lutteurs de sumo. Ainsi est née ma passion pour le Japon. » (Propos à des étudiants japonais en 1996)

Jacques Chirac est tout autant passionné de culture chinoise ou d’art africain. Contrairement à ses prédécesseurs qui se sont plutôt attachés à mettre en valeur l’art occidental dans ses traditions ou dans sa modernité (Pompidou), il imagine dès sa première élection un lieu dans lequel toutes ces cultures « lointaines » pourraient dialoguer les unes avec les autres.
Ce vœu se concrétise en 2006 avec l’inauguration du musée du quai Branly (architecte : Jean Nouvel) consacré aux arts premiers, dont les collections sont constituées d’œuvres qui s’entassaient auparavant dans les réserves du Louvre ou au musée de l’homme. Certains objets sont arrivés en France à l’époque du roi Henri III (XVIe siècle).
Musée du quai Branly Jacques Chirac
Dernièrement, le musée a été rebaptisé Musée du quai Branly Jacques Chirac. Il présente actuellement une exposition intitulée « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures. » Dans la vidéo ci-dessous (01′ 52″), Jean-Jacques Aillagon, commissaire de l’exposition, explique combien Jacques Chirac est toujours resté très discret sur sa vaste culture et combien ce projet de musée est vraiment le fruit de sa volonté personnelle :
Conclusion
À regarder la biographie politique de Jacques Chirac, on finit par se dire qu’elle s’est développée selon trois tempos :
1. celui du mouvement et des retournements rapides pour la conquête du pouvoir,
2. celui de l’immobilité pesante instillée par le principe de précaution en toutes choses dans l’exercice du pouvoir, et
3. celui de la longue durée illustrée exclusivement par la constance de son amour pour les civilisations lointaines qui seront utilisées pour couronner sa vie politique d’une gloire culturelle ultime. 

Magnifique résultat personnel pour Chirac, piètre résultat pour la France. Et pourtant les Français s’en montrent assez satisfaits voire nostalgiques, comme l’indique une enquête d’opinion réalisée par l’IFOP les 23 et 24 septembre derniers. Il est très possible que les informations actuelles sur la santé vacillante de l’ancien Président conduisent les personnes interrogées à donner plus que d’habitude des réponses guidées par la sympathie ; toujours est-il qu’elles sont 83 % à avoir un bon souvenir des présidences Chirac (1995 – 2007) et que 48 % d’entre elles considèrent que son plus proche héritier politique est Alain Juppé.
Précisément ce Juppé à propos duquel j’ai écrit en mai 2015 un article intitulé Le cas Juppé : les promesses d’une cohabitation à lui tout seul. Par ce terme, je voulais signifier qu’Alain Juppé, qui se présentait comme « libéral, social et gaulliste » (comprendre étatiste), garantissait aux Français, avides de progrès tout en détestant le changement, de réformer sans toucher aux structures. Les reprises conjoncturelles mondiales suffiraient bien à maintenir la France au pair avec ses voisins.

C’était aussi l’idée de Hollande et c’est en fait l’idée de tous nos hommes politiques, chacun plaçant le curseur selon son positionnement à gauche, à droite ou aux extrêmes : on ne touche pas à l’État-providence, éventuellement on le renforce, on améliore parfois à la marge l’environnement entrepreneurial, et on attend la bienheureuse croissance qui nous viendra de l’extérieur. Excellente façon de se prévaloir à terme de résultats auxquels on n’a aucune part sans fâcher personne. Sauf que ça ne fonctionne pas comme ça. Nous devrions commencer à le comprendre.

Lors de sa conquête du pouvoir, la cohabitation « effective » de Chirac avec Mitterrand a été une cohabitation de rupture. Mitterrand avait voulu essayer un programme collectiviste, Chirac a lancé un programme libéral. Merci à lui : on a vu que cela donnait des résultats appréciables, on devrait commencer à en tenir compte.

Lors de son exercice du pouvoir (à partir de décembre 1995, date de l’abandon de la réforme des retraites), on est passé à une cohabitation parfois « effective » (Jospin) et parfois « théorique » qui a été en permanence une cohabitation de consensus bâtie sur les contradictions typiques d’une majorité de Français : ils font la révolution pour abattre la monarchie absolue et se retrouvent avec Napoléon 1er, ils adorent les start-ups qui prennent des risques et réussissent mais détestent les riches et veulent un statut de fonctionnaire, ils trouvent que tout est cher à commencer par leurs impôts qui sont trop élevés, mais l’idée de les voir diminuer via un retrait de l’État de l’activité économique et de leur vie quotidienne les plonge dans des transes syndicales étranges, ils tiennent au Baccalauréat, examen grandiose de fin de scolarité, mais à condition que tout le monde ou presque l’obtienne. Etc..
La recherche du consensus n’est pas une mauvaise chose en soi, mais elle peut se faire de deux façons : soit on y arrive après un débat très ouvert sur toutes les options possibles et on choisit en connaissance de cause, soit on se sert d’un consensus hâtif fondé sur « ce qu’on a toujours fait » pour mieux escamoter la poussière sous le tapis.

Malgré les milliards d’euros d’économie agités par nos candidats à la primaire de droite, malgré le progressisme et l’humanisme dont la gauche se gargarise du matin au soir sans raison, je crains hélas qu’il ne faille pas attendre pour 2017 autre chose que le consensus cache-poussière, celui qui place « l’exception » française, la « précaution » et les intérêts de court terme éternellement au-dessus du courage, de la curiosité et de l’audace, selon les codes éprouvés de l’héritage chiraquien.


Par Nathalie MP.

Source contrepoints.org

mercredi 28 septembre 2016

Billets-Les années Chirac


Les années Chirac

Quel bilan tirer des années Chirac ? Petite analyse en forme de rétrospective.

L’actualité autour Jacques Chirac s’est emballée ces derniers jours. Âgé de 83 ans et affaibli depuis un accident vasculaire cérébral en 2005, l’ancien Président de la République a été hospitalisé en urgence dimanche 18 septembre 2016 pour une infection pulmonaire. En plus de plonger les rédactions des journaux dans la plus grande fébrilité, cet événement suscite vœux de bon rétablissement, éloges et réminiscences. On dit que François Hollande, voisin corrézien, se tient informé en permanence de l’état de santé de son prédécesseur et on entend dire de-ci de-là que Jacques Chirac serait le dernier grand Président de la Vème République. Tout nous appelle à repenser aux « années Chirac. » 

Alors que les primaires présidentielles se profilent, pas un journaliste ne reçoit un homme politique de droite sans l’interroger d’abord sur l’ancien Président. Le respect et la sympathie fusent sur Twitter et dans les matinales. Le grand homme d’État, « force qui vainc » selon Bayrou, « énergie indomptable » pour Fillon et inspirateur politique de beaucoup de « bébés Chirac », est unanimement salué avec chaleur.
Après le décès de Pompidou
Mes souvenirs politiques remontent très exactement au jour du décès du Président en exercice Georges Pompidou. C’était pendant les vacances de Pâques d’avril 1974. Valery Giscard d’Estaing, centriste du parti des Républicains Indépendants et ministre des Finances sortant, se présente pour lui succéder. Il devra affronter François Mitterrand, bien sûr, mais aussi le gaulliste Jacques Chaban-Delmas.

C’est à ce moment que Jacques Chirac entre en scène. Ministre de Pompidou, théoriquement gaulliste comme Chaban, il considère cependant que ce dernier ne fera pas le poids face à l’union de la gauche de Mitterrand. Il se rallie à VGE (trahison ?) dont la victoire (très serrée : 50,81 %) le propulse Premier ministre. Dans la foulée, il met rapidement la main sur le parti gaulliste, UDR à l’époque. « M. Chirac n’a découvert le gaullisme qu’en comptant les sièges de l’Assemblée » dira Chaban.

À partir de là, Chirac occupe le devant de la scène politique sans discontinuer jusqu’en 2007, date de fin de son second mandat présidentiel. Depuis, il occupe le cœur des Français qui, sondage après sondage, le placent largement en tête de leurs chefs d’État préférés à mesure que son impact dans la vie publique s’amenuise.
Corona et cigarettes
Oublié le « super-menteur » des Guignols, oubliée la condamnation (2011) pour les emplois fictifs de la Ville de Paris ; il ne reste plus que celui qui boit de la Corona, fume cigarette sur cigarette, et lance une de ses phrases cultes en passant devant les vaches du Salon de l’agriculture : « Ce ne sont pas des bovins, ce sont des chefs d’oeuvre. » Bref, Jacques Chirac est devenu le plus sympa de tous, et de loin. Il est même devenu chez les jeunes l’objet d’une sorte d’admiration nostalgique. Icône des années 70 à 90, Jacques Chirac serait terriblement « swag », c’est-à-dire hyper cool, stylé et charismatique.

Dernier grand Président, chef d’État préféré des Français ? Comment a-t-il fait ? Lorsqu’il accède à la présidence en 1995, sa cote de popularité est de 64 %. Rien que de très normal, la France est en état de grâce après l’achèvement crépusculaire des années Mitterrand. Quand il quitte l’Élysée en mai 2007, il est à 30 % après être passé par un minimum de 16 % en juillet 2006.
La vie politique mouvementée de Chirac
Autant il est simple d’enchaîner une phrase commençant par « C’est l’homme qui a… » lorsqu’on s’intéresse à son prédécesseur Mitterrand, car, quoi qu’on en pense, vient assez spontanément à l’esprit « c’est l’homme qui a aboli la peine de mort, c’est l’homme qui a mis en oeuvre le programme commun de la gauche », autant l’exercice s’avère plus compliqué avec Chirac.

Dans une vie politique longue, mouvementée, pleine de revirements et d’actions plus ou moins bien inspirées (article d’aujourd’hui), je retiens après réflexion son action plutôt libérale lorsqu’il fut Premier ministre de cohabitation avec Mitterrand de 1986 à 1988, son refus d’accompagner les Américains dans leur guerre en Irak et sa passion pour l’art et l’ailleurs qui donnera naissance au Musée du quai Branly consacré aux arts premiers et aux cultures lointaines (prochain article).
Valeurs laïques et républicaines de la famille Chirac
Jacques Chirac est né en 1932 à Paris dans une famille d’origine corrézienne dont les valeurs sont « laïques et républicaines. » Ses deux grands-pères étaient instituteurs. Après un bac scientifique obtenu en 1950, et un engagement de trois mois comme matelot sur un cargo, il commence une prépa scientifique, mais entre finalement à Science Po en 1951. Il fait ses premiers pas en politique aux côtés des communistes pour lesquels son action principale consiste à vendre L’Humanité dans la rue.

Mais l’expérience tourne court, car il rencontre Mlle Bernadette Chodron de Courcel, également élève de Science Po. Elle est douée pour les fiches. Il est charismatique. Elle vient d’une famille d’industriels de la haute bourgeoisie catholique. Il n’a ni religion ni fortune. Mais Bernadette pense qu’il ira loin et l’épouse en 1956 devant ses parents peu enthousiastes. Ce mariage n’a rien d’anecdotique. Même si Jacques Chirac n’a jamais mis de terme à ses capacités de séducteur (« Les filles, ça galopait, je les connais toutes » a-t-elle confié à Patrick de Carolis), les Chirac forment un couple politique au sein duquel Bernadette est un conseiller écouté. Elle a notamment mis son mari en garde contre la montée de Jean-Marie Le Pen en 2002. Elle a de plus une excellente expérience de terrain pour avoir mené en propre une carrière d’élue locale en Corrèze de 1971 à 2015 !
Énarque et auditeur à la Cour des comptes
Revenons à Jacques. Il entre à l’ENA en 1954 et en sort en 1959, promotion Vauban. Son cursus a été interrompu par son service militaire qu’il a fait en Algérie. Il devient auditeur à la Cour des comptes, entre au cabinet du Premier ministre Georges Pompidou, devient par la suite son ministre de l’Agriculture. À ce moment-là, sur le plan économique, il est un adepte des grands projets industriels dans l’esprit de l’État stratège. Et nous voilà en 1974.

Autant il a soutenu VGE contre le clan gaulliste pour la présidentielle de 1974, autant il va dorénavant agir contre lui parce qu’il ne le trouve pas assez généreux en postes avec les gaullistes. Il commence par démissionner bruyamment de ses fonctions de Premier ministre, en août 1976, puis il transforme l’UDR en RPR, en décembre 1976, afin de former une force politique apte à contrer aussi bien l’opposition de gauche que les giscardiens. Il veut faire du RPR une version française de la social-démocratie, un parti travailliste à la française, quelque chose entre le socialisme marxiste et le « capitalisme sauvage » qu’il dénonce violemment. Toujours ce vieux rêve sans issue de troisième voie qu’on retrouve chez tous nos hommes politiques, qu’ils s’appellent Hollande, Mitterrand, Rocard, Juppé ou Macron.
La bataille de Paris
En 1977, la « bataille de Paris » est le prolongement de sa lutte anti-VGE. Suite à un changement de statut de la capitale, il se présente pour en devenir le premier maire depuis la Révolution française. Ses opposants sont bien sûr la gauche, mais surtout Michel d’Ornano, proche de VGE. La campagne est féroce.

Jacques Chirac obtient son poste et s’y distingue par sa lutte sans merci contre les « pollutions canines » et la mise en service de « petits engins, euh, qui lavent, heu, les trottoirs, heu » amicalement baptisés « motocrottes. » Voir ci-dessous une amusante vidéo où le nouveau maire détaille son projet et sa philosophie sur les relations homme / chien, allongé sur un canapé devant une cheminée (04′ 21″) :

Chirac se distingue aussi par une utilisation extensive du personnel municipal au profit de ses campagnes électorales ou du RPR. L’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris avait valu à Alain Juppé, son adjoint municipal, une condamnation en 2004. Une fois son immunité présidentielle levée, il sera également condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis.
La rivalité RPR / UDF (regroupement des partis du centre) est attisée par le couple « infernal » Marie-France Garaud et Pierre Juillet qui conseille Jacques Chirac. Il se séparera d’eux en 1979 à l’instigation de sa femme suite à une crise sur l’Europe qui s’était ouverte lors de « l’appel de Cochin » : hospitalisé après un accident de voiture, fin 1978, il lance un appel écrit par les deux conseillers dans lequel il accuse VGE et l’UDF d’être le parti de l’étranger, d’agir pour un fédéralisme européen et non plus pour la France. Sa prise de position crée de vives tensions au RPR  dont la liste aux européennes de 1979 arrive en 4ème position, alors que celle de l’UDF emmenée par Simone Veil obtient le meilleur score.
L’élection présidentielle de 1981
Sa place au sein du RPR n’en sort pas renforcée, mais il décide quand même de se présenter à l’élection présidentielle de 1981. Coup de théâtre idéologique : il abandonne le travaillisme à la française au profit d’un programme de baisses d’impôt (comme Ronald Reagan) et dénonce le « collectivisme rampant » du gouvernement de VGE ! Il obtient 18 % des voix au premier tour contre 28,3 % pour VGE et 25,9 % pour Mitterrand. Pour le second tour, suite à un dîner chez la socialiste Édith Cresson, il indique qu’il votera pour le Président sortant mais préconise à chacun de « voter selon sa conscience. » Le message manque de conviction (trahison ?) et on lui fera porter longtemps la responsabilité de l’échec de VGE.
Malgré cela, Jacques Chirac prend la tête de l’opposition à Mitterrand et confirme son virage libéral entamé pendant la campagne présidentielle. La gauche perd les élections intermédiaires, la droite se présente unie aux législatives de 1986 et l’emporte avec 41 % des voix et 291 sièges à l’Assemblée soit deux de plus que la majorité absolue (le nombre total de députés est passé à 577). Jacques Chirac devient à nouveau Premier ministre, dans la configuration inédite d’une cohabitation avec un Président socialiste et met en place une politique économique libérale. Cette étape sera détaillée dans l’article suivant.
Des relations exécrables avec Mitterrand
Les résultats économiques commencent à se faire sentir (baisse de l’inflation, légère inflexion du chômage, dynamisme de l’investissement, taux de croissance qui atteint 4,5 % en 1988) mais les relations avec François Mitterrand sont exécrables. Ce dernier critique ouvertement Chirac et commence à instiller une lassitude dans l’opinion. Elle culminera chez les jeunes qui manifestent contre la loi Devaquet (réforme de l’enseignement supérieur) avec la mort de Malik Oussekine, étudiant tué par des policiers.

À nouveau, Jacques Chirac annonce son intention de se présenter à l’élection présidentielle de 1988. Il affronte François Mitterrand qui vient de bénéficier grâce à lui d’une sorte de virginité politique et qui est réélu avec le beau score de 54 % après un débat d’entre-deux tours particulièrement électrique. Petite consolation, aux législatives qui suivent, en juin 1988, Chirac est réélu député de Corrèze au premier tour avec 58 % des voix.
La trahison de Balladur
En 1993, le schéma de 1986 se reproduit. Le gouvernement de gauche est à nouveau en difficulté, le chômage caracole et la droite remporte les élections législatives. Bien conscient du danger qu’il y a à conduire l’exécutif avant de postuler pour l’élection présidentielle, Jacques Chirac laisse la place de Premier ministre à Édouard Balladur, étant entendu que c’est lui, Chirac, qui sera le candidat présidentiel en 1995. Mais Balladur décide finalement de se présenter aussi car sa popularité est élevée. Trahison ! C’est la cassure au sein de la droite. Sarkozy rejoint Balladur tandis que Juppé reste fidèle à Jacques Chirac.

Ce dernier, faisant campagne sur la « fracture sociale » (vidéo) théorisée par Emmanuel Todd, et adoptant une communication qui le rend plus proche des gens, moins énarque (il est conseillé en ce domaine par sa fille Claude), est élu Président de la République en 1995 avec 52,64 % des voix.
L’échec d’Alain Juppé
Très vite il va connaître lui aussi le sort de la cohabitation. Le gouvernement d’Alain Juppé échoue à réformer les retraites du secteur public et doit faire face à des grèves très importantes pendant l’hiver 1995 -1996. Le Président annonce lui-même le retrait de la réforme à la télévision, portant un coup fatal à ses capacités et à celles de Juppé de réformer la France. Pensant sans doute conjurer le mauvais sort, Chirac (conseillé par Villepin, dit-on) dissout l’Assemblée un an avant sa date normale de reconduction et provoque des législatives anticipées, en 1997, qui redonnent la majorité à la gauche. Lionel Jospin, qui avait été le candidat du PS en 1995, devient Premier ministre pendant 5 ans et met en place les 35 heures.

En 2002, la gauche est usée et le Front national gagne du terrain sur les thèmes de l’insécurité et de l’immigration. Jospin est éliminé dès le premier tour de la présidentielle, laissant à Jacques Chirac la possibilité d’être réélu avec un score massif de 80 % face à Jean-Marie Le Pen. Ce second mandat, un quinquennat depuis la réforme de la Constitution de 2000, se signale surtout par son immobilisme et une attention exagérée donnée au principe de précaution en toute chose.

Malgré sa dédication au projet européen, qui tranche avec les préventions qui étaient les siennes à l’époque de l’appel de Cochin, Jacques Chirac échouera à convaincre les Français d’adopter par référendum le Traité constitutionnel européen (TCE) préparé par son ennemi d’alors, Valéry Giscard d’Estaing (2005).

Deux petites lumières brilleront cependant : le refus d’engager la France dans une guerre contre l’Irak en 2003 et le projet de grand musée des arts premiers au quai Branly en 2006.
Ces sujets, quelques autres, et le tournant libéral de 1986-1988 seront abordés de façon plus détaillée dans le prochain article, Les années Chirac (II).


Photo : Chirac licence creative commons BY-NC-ND 2.0
Par Nathalie MP.

Source contrepoints.org

samedi 24 septembre 2016

Recettes Crêpes Blinis Pancakes-Galettes asperges et chèvre


Galettes asperges et chèvre

Préparation : 20 mn
Repos de la pâte : 30 mn
Pour 8 galettes
Pour la garniture 
1 botte d’asperges vertes
3 cuillerées à soupe de pesto
1 fromage frais type Petit Billy
50 g de parmesan
Sel
Poivre du moulin
Pour la pâte
130 g de farine de sarrasin
2 œufs
30 cl d’eau
30 g de beurre fondu
20 g de beurre pour la cuisson
1 pincée de sel
Préparation des galettes
1. Versez la farine de sarrasin et le sel dans un saladier et creusez un puits.
2. Dans un autre bol, fouettez les œufs, l’eau et le beurre fondu, puis versez dans le puits de farine. Fouettez à nouveau pour obtenir une pâte fluide.
3. Laissez reposer 30 minutes.
4. Mettez le beurre à fondre dans la poêle et versez l’excédent dans un petit bol. Essuyez le surplus avec un papier absorbant.
5. Quand la poêle est bien chaude, versez rapidement une petite louche de pâte et tournez la poêle en tous sens pour bien répartir la pâte sur toute la surface de la poêle. Dosez bien la quantité de pâte dans votre louche : si vous avez trop de pâte votre galette sera trop épaisse, mais si vous n’en avez pas assez, elle sera pleine de trous !
6. Quand la surface de la galette devient sèche et qu’elle a doré en dessous, au bout de 2 minutes environ, il est temps de la retourner. Faites-la sauter si vous êtes habile ou bien retournez-la à la spatule. Laissez cuire 1 minute sur l’autre face.
7. Déposez vos galettes au fur et à mesure sur une assiette pour former une pile. Si vous voulez les garder au chaud, recouvrez l’assiette de papier d’aluminium et déposez l’assiette sur une casserole avec un peu d’eau à ébullition.
Préparation de la garniture
8. Coupez la base des asperges sur 3 cm. Portez une grande casserole d’eau salée à ébullition et plongez-y les asperges. Laissez-les cuire 5 minutes, puis égouttez-les.
9. Dans un bol, mélangez le pesto, le fromage frais, le parmesan et quelques tours de moulin à poivre.
10. Etalez vos galettes et tartinez-en le premier tiers avec le mélange de fromage. Recouvrez de 3 asperges et roulez la crêpe bien serrée. Coupez les extrémités et taillez-la en quatre tronçons. Servez.

Ces galettes sont aussi étonnantes visuellement qu’au goût ! Vous pouvez ajouter quelques lanières de jambon cru ou de jambon fumé avant de rouler la crêpe, c’est un régal.
Asperges et fromage de chèvre : des saveurs plutôt antagonistes qui font un mariage réussi. Mystère de la cuisine…

Variante
Pour une recette toute verte, ajoutez ½ botte de ciboulette finement ciselée dans la pâte à galette… Et quand ce n’est plus la saison des asperges, remplacez-les par des mange-tout cuits à la vapeur.


vendredi 23 septembre 2016

Billets-Ce que nous coûte le lobby écolo


Ce que nous coûte le lobby écolo

« Nous avons entendu ces mêmes arguments obsolètes auparavant », a déclaré le président Obama dans son discours sur le changement climatique de la semaine dernière, en référence à ceux qui craignent que le plan de réduction des émissions de carbone de l’Agence de Protection Environnementale (EPA) américaine ne fasse plus de mal que de bien. Le problème, c’est que nous avons aussi déjà entendu son argument vicié : que nous sommes condamnés si nous ne faisons pas ce que les groupes de pression environnementaux nous disent, et sauvés si nous le faisons. Et cela s’est souvent avéré être de très mauvais conseils.

Des prédictions alarmistes
Faire des prédictions désastreuses est ce que les groupes environnementaux font pour vivre, et c’est un marché concurrentiel, de sorte qu’ils exagèrent. Pratiquement chaque menace environnementale des dernières décennies a été grandement exagérée. Les pesticides n’ont pas causé d’épidémies de cancer, comme Rachel Carson le soutenait dans son livre de 1962 Silent Spring ; les pluies acides n’ont pas dévasté les forêts allemandes, comme le Parti Vert dans ce pays le prétendait dans les années 1980 ; le trou de la couche d’ozone n’a pas rendu les lapins et les saumons aveugles, ce contre quoi Al Gore nous a mis en garde dans les années 1990. Pourtant, il a été prouvé qu’il était gérable de prendre des mesures de précaution contre les pesticides, les pluies acides et l’amincissement de la couche d’ozone, il est donc possible que peu de mal soit fait.

Le changement climatique est différent. Le plan du président Obama de réduire les émissions de dioxyde de carbone provenant des centrales d’électricité de 32% (par rapport aux niveaux de 2005) d’ici à 2030 permettrait de réduire les émissions mondiales d’environ 2%. D’ici là, selon les données de l’Agence d’Information sur l’Énergie (EIA) américaine analysées par le statisticien Kevin Dayaratna de la Heritage Foundation, le « plan carbone » pourrait représenter jusqu’à mille milliards de dollars de PIB perdu aux États-Unis. Les mesures nécessaires pour décarboniser l’énergie mondiale vont être bien plus chères. Nous ferions donc mieux d’être sûrs que nous ne sommes pas en train d’exagérer le problème.

Des remèdes pires que les maux
Mais le problème n’est pas seulement que les menaces environnementales ont l’habitude de s’avérer moins grave qu’attendues ; les remèdes se révèlent parfois pire que la maladie.

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont un bon exemple. Après vingt ans et des milliards de repas, il n’y a toujours pas de preuve qu’ils nuisent à la santé humaine, contre de nombreuses preuves de leurs avantages environnementaux et humanitaires. Cela fait des années que le « riz doré » génétiquement modifié et enrichi en vitamines est prêt à sauver des vies, mais se retrouve bloqué par Greenpeace à chaque étape. Les producteurs d’aubergines bangladais aspergent leurs cultures avec des insecticides jusqu’à 140 fois par saison, risquant leur propre santé, parce que la version génétiquement modifiée de la plante résistant aux insectes rencontre une opposition farouche de la part des écologistes. Une opposition aux OGM qui a certainement coûté des vies.

Du reste, qu’ont remplacé les OGM ? Avant l’invention des cultures transgéniques, le principal moyen de créer de nouvelles variétés était la « sélection par mutation » : brouiller l’ADN d’une plante de manière aléatoire en utilisant des rayons gamma ou des mutagènes chimiques, dans l’espoir que certains des monstres ainsi produits auraient de meilleurs rendements ou de nouvelles caractéristiques. L’orge « Golden Promise », par exemple, une des céréales préférées des brasseurs bio, a été conçue de cette façon. Cette méthode ne subit aucune réglementation particulière, tandis qu’un transfert précis de gènes bien connus, qui ne pourrait pas être moins sûr, si.

Les écologistes s’opposent actuellement aux pesticides néonicotinoïdes au motif qu’ils peuvent nuire aux populations d’abeilles, même si l’Union Européenne a constaté que le nombre d’abeilles a augmenté depuis leur introduction il y a vingt ans. La conséquence a été en Europe de pousser les agriculteurs vers des insecticides pyréthrinoïdes beaucoup plus nocifs, qui sont pulvérisés sur les cultures plutôt que par traitement des semences, frappant ainsi les insectes inoffensifs. Et si les Européens avaient été autorisés à cultiver des OGM, moins de pesticides serait nécessaire. Encore une fois, la précaution verte augmente les risques.

L’énergie nucléaire a été énergiquement combattue par le lobby de l’environnement pendant des décennies, à cause du danger qu’elle représente. Pourtant, l’énergie nucléaire est responsable de moins de décès par unité d’énergie produite que l’éolien et l’énergie solaire. En comparaison avec les combustibles fossiles, l’énergie nucléaire a empêché 1,84 million de décès supplémentaires, selon une étude réalisée par deux chercheurs de la NASA. L’opposition à l’énergie nucléaire a coûté des vies.

De même pour l’opposition généralisée à la fracturation hydraulique du gaz de schiste, presque entièrement basée sur des mythes et des mensonges, comme Ronald Bailey, correspondant scientifique du magazine Reason, le rappelle. Cette opposition a considérablement retardé la croissance de la production de gaz en Europe et dans certaines parties des États-Unis. Cela signifie plus de dépendance vis-à-vis du gaz offshore, du gaz russe et du charbon, qui engendrent tous trois des problèmes de santé et environnementaux bien plus nocifs. L’opposition à la fracturation hydraulique a nui à l’environnement.

En bref, le mouvement écologiste a empêché les gens, à plusieurs reprises, d’accéder à des technologies plus sûres et les a forcés à employer des technologies plus sales, plus risquées ou plus nocives. Il sait exploiter habilement les soupçons des personnes vis-à-vis des nouveautés.

Les effets pervers de la lutte contre le changement climatique
De nombreuses anciennes affirmations sur les dangers du changement climatique ont depuis été démystifiées. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a explicitement abandonné ses prédictions précédentes que le paludisme empirerait probablement, que le Gulf Stream cesserait de s’écouler, que les calottes glaciaires du Groenland ou de l’Antarctique de l’Ouest se désintégreraient, qu’une libération soudaine de méthane de l’Arctique serait probable, que la mousson s’effondrerait ou que des sécheresses à long terme seraient plus probables.

En attendant, sur le revers de la médaille, et contrairement à notre expérience avec les pluies acides et la couche d’ozone, le prix financier, humanitaire et environnemental de la décarbonisation de la production d’énergie se révèle beaucoup plus fort que prévu. Malgré la baisse des coûts des panneaux solaires, le coût du système de l’énergie solaire, comprenant le foncier, la transmission, la maintenance et les dispositifs de secours de nuit, reste élevé. L’impact environnemental de l’énergie éolienne – déforestation, hécatombe des oiseaux de proie, exploitation minière des terres rares – est pire que prévu. Selon le BP Statistical Review of World Energy, ces deux sources d’énergie cumulées fournissent tout juste 1,35% de l’énergie mondiale en 2014, réduisant les émissions par moins de la moitié de ce chiffre.

La pollution de l’air intérieur, principalement causée par la cuisson au feu de bois, est la plus grande cause mondiale de décès liés à l’environnement. Il tue environ quatre millions de personnes chaque année, comme l’a noté SciDev.net, un site web d’informations scientifiques à but non lucratif. Apporter à ces personnes des combustibles fossiles et du gaz pour l’électricité reste le moyen le moins cher et le plus rapide pour sauver ces vies. Soutenir que le moindre petit risque de changement climatique d’ici de nombreuses décennies est quelque chose dont ils devraient se préoccuper est carrément obscène.


Photo greenpeace credits Linh Do (licence creative commons)

Source contrepoints.org

jeudi 22 septembre 2016

Billets-On va dans le mur… Agnès Verdier-Molinié


On va dans le mur… Agnès Verdier-Molinié

« Ce livre optimiste est dédié à tous ceux qui croient encore que la France peut bouger et faire mentir les plus pessimistes. » (Agnès Verdier-Molinié)

Un mur se dresse devant soi. On fonce dedans. Cela ne peut que faire mal…
Dans On va dans le mur, on, c’est la France. Si elle ne change pas de cap, elle court à la catastrophe, parce qu’un mur est bien là, sur sa route, contre lequel elle risque bien de se fracasser. Comme d’autres pays avant elle, tels que la Grèce…

Agnès Verdier-Molinié  pense qu’il est encore possible d’éviter le mur : « Ce livre optimiste est dédié à tous ceux qui croient encore que la France peut bouger et faire mentir les plus pessimistes. »

Pourtant le constat chiffré qu’elle dresse n’est guère encourageant. Elle le décline en trois points.

L’empilement
La fiscalité française est un véritable maquis dans lequel il est bien difficile de se retrouver. Il n’existe pas moins de 360 taxes. Ce n’est pas un chiffre sorti de nulle part. L’auteur en fait l’inventaire à la Prévert dans l’annexe 2 du livre. Elle est raisonnable puisqu’elle ne cherche à n’en réduire le nombre qu’à une centaine… en éliminant toutes celles qui ne sont pas rentables.

Les agents de la fonction publique sont aujourd’hui au nombre de 5,3 millions. Il faut remarquer au passage que c’est la fonction publique territoriale qui a le plus augmenté au cours des trois dernières décennies, augmentation ne se justifiant qu’en partie par la décentralisation. L’auteur propose de geler l’embauche des agents pendant 5 ans et de ne remplacer qu’un départ à la retraite sur deux pendant 3 ans.

Le mille-feuille administratif comprend 36.769 communes, 15.903 syndicats inter-communaux, 27 régions, 101 départements. L’auteur propose la fusion des communes en 5000 super-communes, la suppression de l’échelon départemental et la fusion des régions de telle sorte qu’il n’y ait plus que 13 grosses régions aux compétences élargies.

Aujourd’hui il y a plus d’ambassadeurs que d’ambassades… Elles sont au nombre de 163, ils sont 191. La différence ? Les 28 ambassadeurs « thématiques » (sic), comme par exemple « la coopération décentralisée avec l’Asie« … Est-ce bien raisonnable ? L’auteur propose de réduire de toute façon le nombre d’ambassades inutiles, notamment en Europe, et de vendre le patrimoine immobilier correspondant.

En contrepartie des taxes, qui représentent le bâton dont il se sert pour exister, l’État agite la carotte, soit 103 aides sociales, ce qui représente un montant de 700 milliards d’euros de dépenses sociales. L’auteur propose, pour résorber les déficits et réduire la dette correspondante, de fusionner un certain nombre de ces aides et réduire le nombre d’interlocuteurs.

Le nombre des mandats paritaires est un sujet tabou auquel s’attaque Agnès Verdier-Molinié. Ils seraient 100.000 à se partager ce fromage, juteux aussi bien pour le patronat que pour les syndicats de salariés. L’auteur propose que l’État gère désormais l’assurance chômage, l’assurance santé et les caisses d’allocations familiales. Bref qu’il soit mis fin au parasitisme du paritarisme par de l’étatisme…

Les dérives
Le mille-feuille institutionnel se traduit par des élus, financés entre autres par les 360 taxes. Ils sont 618.384. Un record mondial. Soit un mandat électif pour 104 habitants… L’auteur propose de réduire le nombre des parlementaires et, conséquence de la réorganisation territoriale, le nombre des élus locaux pour faire passer le nombre total d’élus à seulement 55.000.

Qui sait qu’aux salaires bruts des agents de la fonction publique de l’État s’ajoutent quelque 1.851 primes et indemnités ? Cela représente pourtant 28% de leur rémunération globale… Qui sait que la fonction publique est divisée en 327 corps de fonctionnaires « qui correspondent à des statuts avec attributions, systèmes de primes et grilles de paies précises » ? L’auteur propose de réduire le nombre de ces primes, de lier leur versement à la performance et de réduire le nombre des corps.

Il y a 5 millions de chômeurs en France toutes catégories confondues. Parmi eux, un grand nombre ne cherchent pas d’emploi, 20%, voire 30% suivant les régions. Il faut reconnaître que « parfois l’emploi n’est que très marginalement plus rémunérateur »… Alors, pour « préserver justement le cœur de notre État-providence« , l’auteur propose d’être plus sévère sur les indemnisations et sur les refus d’emplois proposés…

Si l’on n’omet pas de compter les jours de grève dans la fonction publique, il y a environ 2 millions de jours de grève en France par an. Ce qui a un coût économique considérable. L’auteur propose « de limiter le droit de grève pour les agents en charge d’une mission de service public« , car leur statut garantit leur emploi et que les conséquences économiques sont reportées sur le contribuable, et d’encadrer le droit de grève dans le secteur privé en n’autorisant une grève que si 50% des effectifs l’approuvent.

Il y aurait en fait 915.138 enseignants en France, soit un enseignant pour 14 élèves, qui assument un service allégé… Si à ce nombre on ajoute les 70.000 enseignants du supérieur et tous les personnels non enseignants, l’Éducation compterait 1.281.638 agents pour 12,6 millions d’élèves… Tout ce monde pour aboutir à une instruction défaillante. À la faveur de la réorganisation territoriale l’auteur propose que les enseignants soient recrutés localement et qu’au lieu d’assurer 18 heures par semaine, ils en assurent 800 par an.

Les opérateurs de l’État ou agences publiques sont au nombre de 1.244 pour 442.830 agents. Quand l’État réduit ses effectifs, ceux des agences augmentent. Elles servent en fait de vases communicants, où sont recasés les agents de l’État… L’auteur propose de réduire leur nombre à 800 en fusionnant celles qui sont proches et complémentaires.

La complexité
Nul n’est censé ignorer la loi. Sauf qu’en France il y a 400.000 normes, 10.500 lois et 127.000 décrets. Le tiercé gagnant ? Le droit de l’environnement, le code général des impôts et le code du travail. Remède contre cette inflation législative ? La création d’un organisme indépendant pour analyser l’impact de chaque mesure impactant les entreprises et la suppression d’une loi à la création d’une autre loi.

Le code du travail comprend, dans l’édition Dalloz de 2014, 3500 pages, 10.628 articles, et pèse 1,5 kilo… contre 500 grammes 30 ans plus tôt. Code extrêmement précis sur certains points et complètement flou sur d’autres… Toujours est-il que les seuils sociaux qui y sont définis sont des freins à l’embauche, de même que les licenciements, parce que périlleux…

S’il y a eu 549.975 entreprises créées en 2012, seules 27.500 ont créé des emplois à leur démarrage. Il existe pourtant 1175 dispositifs d’aides aux entreprises… et un nombre impressionnant de structures pour obtenir cette manne. L’auteur propose d’abandonner l’idée d’aider les entreprises, d’agir uniquement sur leur environnement, de « faire en sorte qu’il soit simple, stable et favorable à leur compétitivité », de supprimer l’ISF et l’imposition sur les plus-values de cession.

L’État français contrôle un grand nombre d’entreprises (1383 en 2012) et le total de ses participations s’élève à 110 milliards d’euros. Une fois définies les entreprises qui sont réellement stratégiques pour le pays, l’État devrait se désengager des autres.

Aujourd’hui il existe 37 régimes de retraite, ce qui ne facilite pas la mobilité professionnelle et est à l’origine d’injustices : par exemple, 60 milliards d’euros sur 282 milliards de prestations sont distribués sans cotisations… L’auteur propose donc la convergence de « tous les régimes vers un système unique sous forme d’une retraite par points par répartition, complétée par une part de retraite en capitalisation ».

Les Français ne travaillent pas 10,3 semaines par an. Cela correpond à 6,6 semaines de congés payés, à 0,9 semaine de jours fériés et… à un absentéisme moyen de 2,8 semaines, plus particulièrement important dans la fonction publique. La durée de travail est de ce fait bien moindre en France qu’en Grande-Bretagne, qu’en Allemagne et même qu’en Italie. L’auteur propose donc l’allongement de la durée du travail, « ce qui ne se résume pas à la durée hedomadaire de 35 heures, qui doit être rendue flexible en plus ou en moins, mais inclut la durée sur l’année, et aussi sur toute la vie ».

Conclusion
Selon l’auteur, si ces réformes sont accomplies, la France évitera le mur. Agnès Verdier-Molinié se projette en 2022 et conclut : « C’est une nouvelle France qui démarre et l’on ressent beaucoup d’enthousiasme, comme une fierté retrouvée à l’aune des désespoirs d’antan d’être sorti d’un système favorisant corporatisme et connivence qui ne profitait qu’à quelques-uns en bloquant tous les autres. »

Pourquoi cet enthousiasme prédit par l’auteur à l’horizon de sept ans laisse-t-il sceptique ?

– D’abord parce que, de son propre aveu, le résultat escompté de tant d’efforts est, somme toute, modeste : si tous les objectifs qu’elle détaille dans l’annexe 1 de son livre sont atteints – ce qui n’est pas gagné -, les dépenses publiques seront limitées à un maximum de 52% en 2022 et de 50% en 2025…

– Ensuite parce que l’intervention de l’État reste prépondérante dans des domaines qui ne sont pas régaliens et, par exemple, même renforcée dans le domaine de l’assurance privée tels que la santé ou le chômage.

– Enfin parce que l’auteur veut préserver l’État-providence, qui n’est justement pas la solution mais le problème principal dont souffrent nos pays car redistribuer plus rationnellement, c’est toujours redistribuer.

L’inventaire à la Prévert du mal français 

Il y a en France :
360 taxes
5,3 millions Agents de la fonction publique
36.769 communes
15.903 syndicats inter-communaux
27 régions
101 départements
163 Ambassades
191 Ambassadeurs
103 aides sociales
100.000 mandats paritaires
618.384 élus
1.851 primes et indemnités fonction publique de l’État
327 corps de fonctionnaires
2 millions de jours de grève par an
915.138 enseignants
70.000 enseignants du supérieur
1.281.638 agents à l’Éducation
1.244 Agences publiques
442.830 agents pour les Agences publiques
400.000 normes
10.500 lois
127.000 décrets
Un code du travail 3500 pages, 10.628 articles, et pèse 1,5 kilo…
549.975 entreprises créées en 2012
1175 dispositifs d’aides aux entreprises…
37 régimes de retraite
10,3 semaines par an non travaillées :
6,6 semaines de congés payés
0,9 semaine de jours fériés
2,8 semaines d'absentéisme

Source contrepoints.org