samedi 31 mai 2014

Billets-Elections européennes… la réalité des chiffres


Elections européennes… la réalité des chiffres

Pour connaitre le résultat d’une élection, il faut voir le pourcentage d’électeurs ayant choisi chaque parti. Le nombre total d’électeurs est donc constitué des suffrages exprimés + les votes blancs et non-exprimés + les abstentions + les non-inscrits. Nous pouvons estimer les non-inscrits en soustrayant les inscrits à la population totale ayant le droit de vote.

Pour les élections européennes du 25 mai 2014, il faut donc inclure environ 10,5% de non-inscrits, cette différence étant de 4,9 millions de personnes pour 46,9 millions d’inscrits, 57,6% d’abstentionnistes et 1,7 % d’électeurs ayant voté blanc ou nul.
Les scores des principaux partis lors de ce premier tour sont donc :

  • Électeurs n’ayant voté pour aucun candidat : 62,7%
  • FN : 9,3%
  • UMP : 7,8%
  • PS : 5.2%
  • Autres : 15%

La force de très loin la plus importante dans le paysage politique français en ce lendemain d’élection est, de façon criante, les gens qui ne trouvent plus aucun candidat ni aucun parti à qui apporter leur voix, qui représentent une très forte majorité des électeurs.


La place donnée à ce chiffre dans l’inévitable déferlement de commentaires est manifestement inadéquate. Les classes bavardes passent la majeure partie de leur temps à couper les cheveux en quatre sur que penser de ce qu’a dit une petite minorité des électeurs, et passe bien trop peu de temps à s’interroger et analyser l’éléphant dans le salon : la très forte majorité qui n’a voté pour personne.


vendredi 30 mai 2014

Billets-La fin des syndicats à la française


La fin des syndicats à la française 

Avec la disparition de Marc Blondel, une page du syndicalisme français va-t-elle se tourner ?

Les syndicats à la française se sont toujours complus dans l’idéologie de la lutte des classes, ce qui n’est plus le cas pour les syndicats étrangers. Mais le discrédit qui frappe la classe politique ne va-t-il pas s’étendre au monde syndical, dont les finances et les rouages demeurent occultes ?
La mort de l’ancien leader syndical, Marc Blondel, peut être interprétée comme un signe : la fin du syndicalisme marxiste et dogmatique.

Marc Blondel, comme George Marchais, faisait partie de ces syndicalistes doctrinaires qui s’opposaient à la moindre petite réforme, tout en profitant à fond du système étatique. Son combat victorieux contre la réforme Juppé de décembre 1995 avait offert une nouvelle puissance à l’opposition syndicale marxiste en France. Et même si jean Claude Mailly se présente comme son fils spirituel, on ne peut pas dire qu’il ait été vraiment remplacé. En tous cas, le syndicalisme de contestation se fait beaucoup plus discret en France, depuis quelques années. Qui s’est rendu compte, par exemple, que, le 18 mars dernier, une journée nationale de mobilisation massive avait été organisée par quatre grandes centrales syndicales : CGT, FO, FSU et Solidaires ? Cette « journée » est passée presque inaperçue, contrairement à ce que l’on aurait pu observer au milieu des années 1990. Tant mieux !

Mais quelles sont les raisons de cette discrétion ? Car la désaffection des syndiqués n’en est pas la seule cause, même si elle est spectaculaire. S’il est vrai que les syndicalistes ne représentent que 4 % à peine des salariés du privé, et ne sont présents que dans quelques entreprises publiques et à l’Education nationale, (autant dire que personne ne leur font confiance...) - ils participent pourtant au fameux « dialogue social » avec le patronat et les politiques.


Cette érosion, déjà ancienne du taux de syndicalisme, ne cesse de s’aggraver. Ailleurs dans d’autres pays : Italie, Allemagne, Etats-Unis, Canada, etc… les syndicalistes ont subi les mêmes revers, le nombre de syndiqués ayant fortement diminué ces dernières années.

Il faut dire que nulle part, ce déclin n’a été aussi rapide qu’en France. Car ici le syndicalisme de contestation a une particularité : il est resté fidèle à ses racines marxistes et anticapitalistes. Il suffisait de jeter un œil sur les tracts qui appelaient à la mobilisation de ce 18 mars. Il s’agissait de défendre, comme il se doit, le service public et les emplois publics avec l’augmentation du salaire des fonctionnaires, tandis qu’en même temps, on condamnait les entreprises (privées) et le système économique qui « fabrique des chômeurs ». Les tracts critiquaient le "pacte de responsabilité" comme la « politique d’austérité » du gouvernement.
Faut-il traduire ? Les slogans étatistes et marxisants s’affichaient naturellement sur les banderoles des défilés, les patrons étant désignés comme « les boucs émissaires du chômage en France », tandis que la baisse des charges patronales se transformait en prétexte destiné à « remplir les poches des actionnaires ».

Même en Italie, où il existe une longue tradition communiste, les syndicats se sont débarrassés de l’idéologie anticapitaliste. Mais en France, cette idéologie perdure, qui embourbe les syndicats dans la contestation gauchiste.

La journée du 18 mars a donc été un échec. Et il parait évident que les syndicats n’en ont pas tiré la leçon. Ils continueront en effet sur cette voie, aussi longtemps qu’ils resteront sous perfusion d’argent public. Car leurs finances se portent fort bien, seulement à ce que l’on dit car la transparence n’est pas la vertu première des syndicalistes. La classe politique de son côté se refuse à dissiper cet écran de fumée, dans la mesure où l’on a refusé de soumettre le rapport Perruchot au vote de l’Assemblée Nationale.

Il n’en reste pas moins vrai que ce syndicalisme de connivence et de façade se rapproche plus que jamais de sa fin, car le discrédit qui frappe la classe politique va probablement s’étendre aux leaders syndicaux.


jeudi 29 mai 2014

Billets-France un trop-plein de colère


France...  un trop-plein de colère

La France se fâche contre l'Europe parce que l'Europe empêche la France de rêver, analyse cet éditorialiste américain. La chute du mur de Berlin a marqué l'avènement d'un monde qu'elle ne comprend plus. Et que ses hommes politiques ne savent pas expliquer aux Français.

Nulle part ailleurs qu'en France la crise de la modernité n'est ressentie aussi fortement. Là où depuis un quart de siècle la mondialisation fait régner un climat de morosité et de méfiance sans précédent. Incommodé par le capitalisme, peu réceptif à l'idée de flexibilité, pas du tout convaincu par le modèle anglo-saxon, le pays s'est retranché dans sa rancœur. Pour lui, l'immigration et l'ouverture représentent davantage une menace qu'une opportunité.

Même sa célèbre cuisine semble un peu figée, trop imposante pour l'époque, incapable de s'adapter, dépourvue de l'inventivité espagnole, enfermée dans le passé. Ses vins, de loin les meilleurs du monde, ne savent pas raconter une histoire, cet élément essentiel du marketing moderne. Ses grandes entreprises sont balayées par les incessants mouvements de revendications des fonctionnaires. Son président, jadis l'incarnation quasi royale de la gloire française, est devenu un personnage ordinaire, à la limite de l'insignifiance.

Rien ne va plus, comme disent les Français. Traduite en anglais, cette phrase est moins forte car elle n'exprime pas l'esprit râleur typiquement français qui dénote un étrange sentiment de défaite. Bien sûr, ce n'est pas vrai. Beaucoup de choses vont très bien en France. Mais le pays est d'humeur bilieuse : pour lui, le verre est toujours à moitié vide. Et sa bile doit trouver une expression politique. C'est aujourd'hui chose faite, avec la victoire aux élections européennes du Front national, ce parti d'extrême droite anti-immigration dont la présidente, Marine Le Pen, vise désormais l'Elysée.

  • Mouvement politique anti-ennui
Il ne faut pas se leurrer, Marine Le Pen pourrait devenir présidente. Le Front national a déjà obtenu de bons scores, en particulier en 2002, quand Jean-Marie Le Pen, son père, a atteint le deuxième tour de la présidentielle. Mais au cours de la décennie qui a suivi, la crise s'est aggravée, aussi bien en France que dans le reste de l'Europe. L'Hexagone a aujourd'hui une croissance quasiment nulle et un taux de chômage de plus en plus élevé. En remportant 25 % des suffrages au Parlement européen, le Front national a écrasé à la fois le Parti socialiste (14 %) et son principal rival de droite, l'UMP (20,8 %).

En commentant les résultats, le Premier ministre Manuel Valls a parlé d'un "séisme". Et il n'a pas tort. De bipartite, le système politique français est devenu tripartite. Marine Le Pen, plus subtile, plus intelligente et plus ambitieuse que son père, pourrait être élue. Elle est convaincante.
La colère qui a permis cette montée du Front national s'est également manifestée dans d'autres pays d'Europe (aucun scrutin n'est aussi apte à servir de soupape que les élections européennes, car le pouvoir réel du Parlement européen est limité). En Grande-Bretagne, en Autriche et au Danemark, plus de 15 % des suffrages ont été remportés par un mouvement politique similaire : anti-immigration, anti-Europe, anti-establishment et anti-ennui. Mais c'est en France, pays qui constitue avec l'Allemagne le cœur de l'Union européenne, qu'une crise européenne, économique et morale s'est manifestée sous sa forme la plus aiguë.

La crise en France va bien au-delà de ses défis économiques immédiats. Pour un pays vaincu dans la Seconde Guerre mondiale, mais autorisé, à travers de Gaulle, à revendiquer une sorte de victoire dans le sillage des Alliés, l'Union européenne fut le moyen de surmonter une étrange humiliation. (Elle a également été une planche de salut pour l'Allemagne, mais c'est une autre histoire.) L'Europe était une idée audacieuse, un contrepoids aux Etats-Unis, une tribune pour une nouvelle forme d'ambition nationale, essentiellement française à l'origine. Grâce à l'Europe, la France, puissance moyenne très diminuée, pouvait encore rêver. Elle pouvait s'exprimer. Elle pouvait même changer le monde.

  • Les tours cruels de l'Histoire
Puis vint la grande surprise de la chute du mur de Berlin et de la fin de la guerre froide. La France préférait deux Allemagne ; elle s'est soudain trouvée face à une seule. Elle voulait approfondir l'Europe ; elle a dû soudain l'élargir. Elle voulait être sûre de l'allégeance de l'Allemagne à l'Europe, ce dont une monnaie unique semblait être le meilleur garant ; elle a soudain été liée à l'euro alors que l'élan pour l'intégration politique européenne se volatilisait. Elle voulait faire contrepoids à Washington et cette ambition est soudain devenue ridicule. Elle voulait au moins offrir un contre-modèle à l'ultracapitalisme, et son système économique, malgré toutes ses qualités, a montré – de façon moins soudaine – des signes de fatigue, comme ces villages français vidés de leur jeunesse et de leur vitalité.

L'Histoire peut jouer des tours cruels. Ce dernier quart de siècle, elle en a joué plusieurs à la France. Bien sûr, Marine Le Pen ne peut pas revenir en arrière. Mais cela n'empêchera pas les mécontents de rêver. Peut-être la France gagnera-t-elle la Coupe du monde de football, auquel cas tout ira bien pendant un moment. Mais il est probable, hélas, que cette victoire ne soit aussi qu'un rêve.

 Dessin de Barrigue
Source Courrier International

mercredi 28 mai 2014

Billets-Démagogie fiscale et populisme


Démagogie fiscale et populisme

Le gouvernement socialiste vient de s’apercevoir que les mesures fiscales qu’il avait instaurées depuis deux ans frappaient aussi les foyers les plus modestes. L’année 2012, en effet, a été la première année depuis cinq ans où plus de 50% des Français ont payé un impôt sur le revenu. Au cours des quatre années précédentes, 53% d’entre eux n’en payaient pas.

Manuel Valls avait annoncé le 11 mai 2014, au journal de TF1, que des mesures seraient prises dès cette année pour supprimer l’impôt sur le revenu des personnes gagnant de 1,2 à 1,3 fois le smic : « Il y a à peu près 650 000 ménages qui sont entrés dans l’impôt et qui doivent en sortir. »
« Le but est de supprimer l’impôt sur le revenu d’un plus grand nombre de personnes. En 2010, 17 millions de Français payaient l’impôt sur le revenu, et ils étaient 20 millions en 2013. C’est trop, il faut absolument que ça baisse ! », avait encore déclaré le Premier ministre, le jeudi 15 mai 2014. Et dès le 16 mai, au micro d’Europe 1, il expliquait encore qu’il voulait supprimer l’impôt sur le revenu pour 1,8 million de ménages, soit environ 3 millions de Français.

Le nombre de contribuables...
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En millions - Source "Les Echos" / DGFIR

La réduction serait applicable dès cette année et calculée sur la base du revenu fiscal de référence, ce qui correspond au montant net imposable, après abattements et application du quotient familial, en même temps qu’elle ouvre certains droits (prime pour l’emploi) ou exonère de certains autres impôts (impôts locaux, redevance, etc.). Les seuils seraient de 14 000 euros pour un célibataire, 28 000 pour un couple, 38 000 pour un couple avec trois enfants, a précisé Matignon.
Par exemple, un célibataire ayant un revenu fiscal d’environ 14 000 euros n’aurait donc plus à payer l’impôt sur le revenu, a proposé M. Valls. Ce serait la même chose pour un couple avec trois enfants et 38 000 euros environ de revenus annuels. Un couple de retraités percevant chacun une pension de 1 200 euros par mois verrait son impôt passer de 1 000 euros environ à 300 euros, tandis qu’une famille, gagnant environ 3 600 euros brut par mois, serait exonérée d’impôt.

La rupture de la démocratie
Mais les personnes exonérées d’impôt sur le revenu bénéficient aussi d’une exonération ou d’un allègement automatique de la taxe d’habitation.

Sont notamment exonérés de la taxe d’habitation afférente à leur habitation principale, les personnes âgées de plus de 60 ans, ainsi que les veufs ou les veuves quel que soit leur âge, sous réserve que leurs revenus de l’année précédente n’excèdent pas une certaine limite, fixée pour 2014, à 10 633 € pour la première part de quotient familial, et à 2 839 € pour chaque demi-part supplémentaire ; et qu’ils ne soient pas passibles de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) au titre de l’année précédente.

Les contribuables qui ne bénéficieraient pas des mesures d’exonération visées ci-dessus, se verraient accorder un dégrèvement, si leurs revenus de 2013 n’excédaient pas la somme de 25 005 € pour la première part du quotient familial, majorée de 5 842 € pour la première demi-part supplémentaire, et de 4 598 € à compter de la deuxième demi-part.

Celui-ci serait égal, en principe et, sous réserve d’autres réductions liées aux modifications apportées par les collectivités locales aux abattements qu’elles peuvent pratiquer, à la fraction de la cotisation de taxe, qui excède 3,44 % du revenu, diminué d’un abattement fixé à 5 424 € pour la première part de quotient familial, à 1 568 € pour les quatre premières demi-parts supplémentaires, et à 2 773 € pour les autres demi-parts. Ainsi, par exemple, un couple marié, ayant deux enfants à charge, pourrait bénéficier à titre exclusif ou principal du dégrèvement au titre de 2014, si ses revenus de 2013 n’excèdent pas 44 641 €. Et pour le calcul du dégrèvement, ces revenus feraient l’objet d’un abattement de 11 696 €.

Comme par ailleurs le gouvernement veut éviter que ceux qui ont été exonérés d’impôt redeviennent assujettis trop rapidement, une moitié de Français se trouverait ainsi pour longtemps à l’abri de l’impôt. Non pas que les plus pauvres ne payent pas d’impôt, puisqu’ils supportent aussi la TVA, mais ce pourcentage de Français n’aura plus de liens avec l’impôt direct : l’impôt désagréable, - par lequel pourtant chacun prend conscience du prix de sa participation à la vie sociale. Une moitié de Français pensera que l’on peut - exiger des repas gratuits et réclamera toujours plus, dans la mesure où elle en ignore le prix.... Une autre moitié de Français se dressera contre la première, qu’elle va accuser très vite de ne pas participer à l’effort commun. Et celle qui ne participera pas, verra de moins en moins l’intérêt de sortir de sa médiocrité, dans la mesure où elle sera entretenue par l’Etat au prix des efforts des autres.


Un financement aléatoire
Car ce sont les autres qui paieront bien sûr ! Pour le moment, M. Valls a évalué le coût de la mesure à un milliard d’euros, qu’il compte financer grâce « à la lutte contre la fraude fiscale ». Il attend les rentrées fiscales, aléatoires, de Français qui vont régulariser cette année leurs comptes étrangers, afin de financer une mesure durable ! Il ne voit qu’à court terme, en attendant une croissance du PIB, dont il se fait le héraut, en même temps qu’il la rend impossible par sa politique qui multiplie les charges pesant sur ceux qui seraient aptes à créer de la richesse.
De manière étonnante et salutaire, Valls a rappelé publiquement la situation : « Entre 2010 et 2012, la droite a augmenté les impôts de 30 milliards. Et entre 2012 et 2014, la gauche les a augmentés aussi de 30 milliards ! Cela suffit, c’est trop ! Trop d’impôts, selon la vieille formule, tue l’impôt et tue surtout la compétitivité de notre pays". Mais s’il charge la mule des uns, pour alléger celle des autres, s’il aggrave la déchirure entre la France qui travaille et la France assistée, il aggravera d’autant la situation plutôt que de l’améliorer ! C’est déjà par la faute de cette politique, que se poursuit la hausse du chômage et la panne de la croissance du PIB.

La seule solution serait de baisser les impôts de l’ensemble des Français, en faisant en sorte que tous le payent... au moins un peu..., afin de fixer entre eux le sentiment d’appartenance à une même communauté. Un impôt sur le revenu unique et proportionnel, à taux bas (15% ?) et sans niches, représenterait une solution dont le rendement serait supérieur au rendement actuel de l’impôt sur le revenu, ce qui permettrait de structurer les assurances sociales, notamment pour laisser à la charge de la collectivité ce qui relève de sa responsabilité propre : les prestations familiales et la solidarité sociale. Les plus modestes verraient ainsi leurs charges sociales baisser en compensation de leur impôt sur le revenu. De surcroît, ce devrait être l’occasion de rendre aux salariés la responsabilité de leurs assurances sociales auprès de caisses publiques, mutuelles, ou privées, dont la concurrence permettrait de faire baisser les cotisations.

Mais le gouvernement Valls continue de réformer par petites doses et de procéder par des coups de rabot, qui n’empêcheront pas les dépenses publiques de progresser en volume de 0,1% par an jusqu’en 2017, conformément à un programme, dit "de stabilité" ! La réforme nécessaire n’est pas en vue... Au contraire, c’est la démagogie qui, s’emparant plus que jamais de la politique, favorise ainsi un populisme dont les élections européennes vont témoigner…



Source Institut de recherches économiques et fiscales

Billets-Hollandisme = magouilles rhétoriques


Hollandisme = magouilles rhétoriques
Après la raclée des municipales, lors de ces élections européennes, l’équipe gouvernementale a essuyé un échec encore plus cuisant. Par conséquent, le discours du Président au lendemain de cette seconde défaite ne peut être que profondément révélateur pour quiconque souhaite en décoder le contenu, surtout si l’objectif de cette prise de parole est de travestir les faits, ou de les masquer.

Deux méthodes complémentaires sont utilisées ici, l’analyse du langage du corps, en particulier l’expression du visage, l’élocution et les gestes des bras, et l’analyse du contenu du discours, tout ceci dans le but de déceler un éventuel décalage entre l’interprétation des faits, les mots pour le dire, et le langage kinésique qui l’accompagne. Comme toujours, il s’agit de déceler le contenu latent derrière le contenu manifeste, c’est-à-dire le contenu implicite qui se tapit derrière le contenu explicite, ou plus cruellement, les véritables intentions de l’auteur du discours malgré le nuage de fumée qu’il peut être tenté d’envoyer à ses concitoyens.

Et sans surprise, le nuage de fumée est à la hauteur des événements.
Tout d’abord, ce discours surprend car il semble que ce soit la première fois que le Président s’exprime d’une façon aussi typique. Elle se caractérise par :
  • Un débit verbal très nettement plus rapide qu’à l’accoutumée ;
  • Des gestes à la fois d’une plus grande amplitude et d’une plus grande vitesse. Ces gestes se terminent d’ailleurs souvent sur la table, mains à plat, doigts tendus et serrés ;
  • Des distorsions de la bouche plus fréquentes (sauf erreur, la première vraiment remarquable se produisit lorsque F. Hollande a annoncé le nom de son nouveau premier Ministre au moment du remaniement, c’est dire si derrière cette grimace incontrôlée la charge émotionnelle est forte). Plusieurs fois également, en plus de cette distorsion de la bouche sur l’un de ses coins (le coin gauche), les lèvres accusent régulièrement une tension inhabituelle, au point de disparaître (elles ne sont déjà pas ourlées, à l’état normal, ce qui est d’ailleurs un indice en morphopsychologie) ;
  • Un teint pâle et des traits tirés en particulier autour des yeux qui ressemblent à ceux marqués par le manque de sommeil ;
  • Quelques gestes ratés, avec notamment un loupé remarquable du bras droit qui, pendant un moment, a tenté de se poser sur le bureau sans y réussir. Ce ratage, additionné à quelques hésitations du verbe (faits rarissimes chez F. Hollande, dont l’expression est en général parfaitement maîtrisée) et à une faute de syntaxe sont très révélateurs.
  •  
Que disent tous ces indices corporels ? Que le Président est probablement blessé comme il ne l’a jamais été auparavant. Il est à la fois en colère (débit, vitesse et accomplissement des gestes, position des mains, teint pâle) et déstabilisé (distorsions des lèvres et des traits, geste manqué). Ce tableau est d’ailleurs touchant car pour la première fois sans doute, le Président semble atteint dans sa personnalité par l’angoisse et probablement par le doute. Mais le verbe vient aussitôt contredire tout cela, avec même à la fin du discours, un terrible aveu d’ailleurs !

Ce discours justement, à la différence de la gestuelle, s’avère tout à fait classique, avec un abus des recettes qui sont la signature du Président socialiste : dissimulations, mensonges, renversements de situation, et utilisation immodérée du « je » : F. Hollande commence par commenter le vote FN dont il dit qu’il « est une défiance à l’égard de l’Europe ». Europe dont il confirme immédiatement le rôle de bouc émissaire « qui inquiète plus qu’elle ne protège ». De fait, le coupable, la cause de la montée du FN (et du mauvais score du PS en filigrane) ne font aucun doute…
Mais comme le Président ne pouvait faire l’économie d’un mea culpa socialiste, il revient à la charge en déclarant : « c’est une défiance à l’égard des partis du gouvernement… » mais il s’empresse vite d’ajouter : « … de la majorité comme de l’opposition » en associant donc très adroitement son échec à celui des autres partis de gouvernement, c’est-à-dire de la droite modérée.

Mais ce n’est que le premier coup de griffe, qui préfigure une attaque en règle, à l’identique de celle au lendemain des municipales : « c’est une défiance à l’égard de la politique qui après tant d’années de crise appelle toujours des efforts… ce qu’on en voit encore les résultats ». Cette phrase constitue l’un des fondamentaux de la rhétorique hollandaise et elle a été dite avec un surcroît d’agitation qui ne peut pas être neutre : distorsion de la bouche sur le côté, coude qui tente de se reposer sur le bureau mais qui le manque, et faute de syntaxe. Cela trahit une puissante exaspération. C’est sans doute le moment où le Président semble le plus abattu par le doute, et en devient presque haineux.

Ensuite, l’homme reprend du poil de la bête et se lance dans une tirade dont il a également l’habitude, qui consiste à s’approprier les problèmes des Français (qu’il a pourtant clairement accentués en seulement deux ans), pour ensuite déclarer qu’il les refuse et qu’il va les combattre. À ce moment-là, les lèvres sont inexistantes, et les mains à plat viennent très souvent heurter le bureau. C’est probablement le second moment le plus fort du discours, avec une colère nettement perceptible et l’évident souci de montrer de l’autorité, du leadership. Le Président veut que tous ces événements qui lui sont défavorables s’arrêtent, et s’aplatissent sous sa volonté.
Comme il se sent un peu mieux après cela, il s’en prend de nouveau au bouc émissaire européen, ce qui lui permet par un autre incroyable renversement, de faire porter le chapeau de ses erreurs et de son inaction à la politique communautaire. Admirons ce travail d’orfèvre, puisqu’il commence par valoriser l’Europe, avant de la trucider : « L’Europe…/… elle a réussi à surmonter la crise de l’euro, elle était proche de l’éclatement… mais à quel prix, celui d’une austérité qui a fini par décourager les peuples… Aussi, demain, pas plus tard que demain, je réaffirmerai au Conseil de l’Europe que la priorité, c’est la croissance, c’est l’emploi, c’est l’investissement… ». Ainsi, le Président qui n’a pourtant toujours pas mis en musique les recommandations européennes, se permet le luxe verbal de les reprendre à son compte et d’accuser leur auteur de ne pas les avoir émises. C’est assez spectaculaire, et cela ressemble d’ailleurs à la méthode utilisée par S. Royal le soir des municipales, lorsqu’elle s’appropriait certaines idées libérales en provenance notamment de l’opposition. Avec les mots, on peut effectivement modeler le réel, c’est tellement facile.

Et le Président de continuer : « L’Europe, elle est devenue illisible, j’en suis conscient, lointaine, pour tout dire, incompréhensible, même pour les États, ça ne peut plus durer ». À ce moment-là, après avoir fait semblant de déplorer les défauts d’une Europe qu’il assassine en règle grâce à des effets laissant croire des regrets : « j’en suis conscient », comme s’il critiquait l’Europe alors qu’il n’en avait pas envie, et donc qu’il le faisait en toute objectivité, il se met à déballer une longue litanie de conseils à l’endroit de la communauté européenne ! De la part du Président de l’un de ses pays les plus mal en point, c’est aussi renversant que malhonnête.
Pour autant, le Président n’a pas encore fini de se défausser mais il change de bouc émissaire, et s’acharne ensuite sur le précédent gouvernement, tout en titillant la fibre nationale afin de mieux faire passer la pilule : « La France doit être elle-même forte. Depuis dix ans, elle perd des emplois et notamment dans l’industrie, sa compétitivité se dégrade…/… depuis dix ans, à cause de politiques qui n’ont pas été conduites, elle a accumulé les dettes… ».

Pourquoi dix ans ? Les chiffres se seraient-ils dégradés à ce moment-là ? Certainement pas puisque relativement, ils s’amélioraient plutôt par rapport au reste de l’Europe… Ces dix ans ne seraient-ils pas au contraire une façon indirecte d’accuser le précédent Président, ce rival qui risque peut-être de l’empêcher de briguer un second mandat ? Et quid de la crise bancaire ? Et quid des résultats comparés aux autres pays voisin ?
Par ailleurs, il faut réécouter cette séquence et le rythme et l’intonation empreints d’hésitation donnés tout spécialement au mot « notamment ». Il sonne comme la preuve d’un manque d’inspiration : il semble que dès lors qu’il s’agit de rentrer dans les détails des problèmes économiques de notre pays, ce ne soit pas la tasse de thé de F. Hollande. Ce paradigme n’est absolument pas dans sa zone de confort. Pérorer, accuser autrui, oui, mais décrire de façon opérationnelle des mécanismes économiques, très peu pour lui. Le Président a vraisemblablement voulu montrer qu’il était au courant de la réalité en ouvrant une séquence détaillée avec ce « notamment » mais il s’est écoulé un temps mort et l’énonciation de la liste qui a suivi s’est produite avec une évidente panne d’intensité et de spontanéité, un peu comme une récitation mémorisée de justesse…

Puis de nouveau, le Président se livre à une inversion qui nécessite un immense toupet : « C’est pas l’Europe qui nous demande des réformes, c’est pour la France que nous devons les mener à bien, et c’est ce que j’ai décidé en confiant au gouvernement de Manuel Valls sa feuille de route ». Dans cette phrase incroyable, le Président se réapproprie les réformes que lui demande avec insistance l’Europe et qu’il n’a pourtant jamais su mettre en branle si ce n’est, quel courage, il faut l’avouer, en nommant après deux ans perdus, Manuel Valls pour faire le sale travail.
Enfin, clou du discours, véritable aveu qui à lui seul justifiait l’intervention télévisée du Président, puisque cette déclaration clôture son discours et se trouve justifiée et amenée par toute l’enfilade des procédés rhétoriques utilisés depuis le début, qu’on se le dise, le Président ne démissionnera pas : « … et ce sera le combat que je mènerai, tout au long de mon quinquennat ». Fermez le ban, il n’y a pas d’espoir du moindre repentir voire de la moindre autocritique (ne parlons même pas d’autocensure)…

Terrible réalité que celle-ci, tout ce discours de lendemain d’élections européennes n’aurait finalement qu’un seul objectif pour le Président, celui de trouver des coupables qui puissent justifier son maintien à la tête de l’État. Il reste un brin d’espoir toutefois, car jamais F. Hollande ne s’est montré aussi atteint. On entraperçoit en effet, derrière l’épais brouillard rhétorique, les premières fissures de l’édifice.



Source contrepoints.org

mardi 27 mai 2014

Billets-Hollande… crédibilité 14%


Hollande… crédibilité 14%

C’est avec un peu d’étonnement que j’ai appris que Hollande allait intervenir sur les médias, étonnement qui s’est rapidement mêlé de consternation en entendant ce que le président avait à dire. Cela méritait-il vraiment d’interrompre toutes les rotatives et tous les journalistes en radio ? Franchement, je me demande.

Parce qu’en cinq minutes d’une intervention menée à un rythme qui ne ressemblait pas à celui, lancinant, qu’il impose d’habitude à ses auditeurs, ce qu’il a dit n’a pas franchement cassé des briques.
Après avoir passé un petit savon sur les électeurs du FN, qui n’ont vraiment pas été gentils, lui font mal à sa France et mettent ce beau pays, le phare de la Liberté et des Droits de l’Homme, dans une sale posture vis-à-vis des autres membres européens, Hollande a fermement décidé de faire porter le chapeau à son prédécesseur et à la conjoncture très difficile (mais surtout pas lui), puis s’est fixé comme mission de réformer la France et de réorienter l’Europe, parce que bon, ça suffit à la fin, maintenant, c’est décidé, il faut faire des choses.
Voilà donc le capitaine de pédalo qui annonce vouloir agiter ses petites cannes de serin pour draguer derrière lui tout le paquebot européen. On y croit très moyennement, d’autant moins que son frêle esquif a encore rétréci au lavage électoral, et ne mesure plus guère qu’un petit 15% (si on oublie l’abstention, et 6.1% sinon). Mais il y tient : avec sa nouvelle légitimité turgescente et vigoureuse, il va réorienter l’Europe, d’autant plus qu’il va mener une réforme du Tonnerre De Brest en France, vous allez voir, ça va cogner du chaton mignon.

Oui, vous avez bien lu (et pour les plus courageux d’entre nous, vous avez bien entendu), il entend réformer la France à grand coup de plans d’actions, de pactes trucs et de dépoussiérage institutionnel machin. Cette affirmation soudaine à vouloir changer les choses interroge. D’une part, on se demande pourquoi il ne s’y est pas mis plus tôt. Même en imaginant qu’il lui ait fallu un an pour prendre la mesure de l’ampleur de la crise, la deuxième année aurait largement dû être consacrée à mettre en place les réformes structurelles qui permettraient, justement, de relancer la croissance, ou, au moins, de stabiliser la situation, arrêter l’hémorragie d’emplois, de reboucher les paniers percés des administrations, bref, insuffler un vrai vent de réformes profondes.
D’autre part, on attend toujours les détails de ses pactes divers et variés, annoncés pour certains depuis la fin de l’année dernière. Si la mise en place des réformes demandera bien évidemment du temps, annoncer précisément de quoi il va retourner n’en prend guère, et composer des grandes lignes pour préparer l’opinion à ces réformes ne nécessite surtout que du courage. Les données, on les a depuis des lustres. Les domaines d’actions sont connus. Les méthodes ne sont, malheureusement, pas pléthore et les marges de manœuvre ont même tendance à se réduire, ce qui laisse peu de place aux tergiversations chronophages. Mais apparemment, l’actualité a été trop chargée ces derniers temps puisque nous n’avons eu ni les grandes lignes, ni le détail de ces réformes, juste leurs noms sous forme de slogans publicitaires et de jingles acidulés.

Et du côté européen, il prétend pouvoir réorienter tout le paquebot Europe. On se demande où il est allé pécher une idée pareille, mais deux petites secondes de réflexion montrent qu’il ne le pourra pas. D’abord, parce que le Parti Populaire Européen (la droite européenne, donc) a toujours la dragée haute. Ensuite, il faut bien admettre qu’actuellement, ceux qui ont le vent en poupe, ce sont largement plus les anti-européens que les pros, et certainement pas le PSE (parti socialiste européen) qui a perdu pas mal de sièges et n’a toujours pas la majorité au parlement. Et enfin, les récentes élections, toutes bleues marines furent-elles, n’ont pas changé la donne européenne : les équilibres sont identiques, les gugusses sont globalement les mêmes. Hollande n’a rien pu réorienter en deux ans d’Europe, on ne voit pas ce qui pourrait changer maintenant. Et ce n’est certainement pas avec sa nouvelle crédibilité qu’on n’aperçoit plus maintenant qu’avec un microscope à balayage électronique qu’il va pouvoir déclencher autre chose que des sourires amusés parmi ses collatéraux à Bruxelles.

Avant même d’avoir entendu le chef de l’Exécutif s’exprimer sur les résultats de campagne, il était légitime de se demander s’il y avait réellement matière à commenter de sa part.
Après tout, le peuple, souverain, a voté, et a mis une solide calotte aux partis de gouvernement : il n’y a guère à discuter. Après tout, l’élection implique des députés européens, et si elle est probablement un défouloir pour les électeurs, ne change pas l’équilibre des forces en présence dans le jeu national : il n’y a donc en France rien qui change fondamentalement. Après tout, le bonhomme est en place pour encore trois ans et peut, si cela sent vraiment le roussi, dissoudre l’assemblée ; moyennant le scrutin à deux tours, il aurait probablement une droite pas trop extrême en face de lui pendant le reste de son mandat, ce qui sera amplement suffisant pour la griller définitivement et être réélu quasiment dans un fauteuil. Bref : même un échec pareil ne le remet pas directement en cause.
Alors, sérieusement, pourquoi a-t-il pris la parole ?
Quel conseiller à moitié débile lui a proposé une manœuvre aussi délicate, et pire, quel hydrocéphale lui a pondu un texte à ce point navrant ? Prendre la parole devant le peuple à la suite d’une telle rouste demande effectivement du courage, mais cela se transforme en pure inconscience si c’est pour ensuite se placer, encore une fois, dans un nouveau piège rhétorique. C’est à se demander si Hollande, parfaitement conscient de son inamovibilité, ne se moque pas ouvertement du peuple français. Alternativement, il est totalement inconscient du décalage de son attitude par rapport à ce qui est demandé et ne comprend pas qu’ajouter une grosse louchée de langue de bois sur la débâcle de dimanche ne fait qu’attiser l’irritation générale, tant chez ses opposants que, pire, chez ses partisans (dont le nombre continue de diminuer).
De façon claire, prendre la parole pour un résultat aussi calamiteux laisse pour le moins perplexe. Si l’on écarte la possibilité qu’il ait lancé cette idée en l’air, pour rire, entre deux tartines au petit-déjeuner, et que tout son staff, aussi servile que perdu, ait embrayé aussi sec, on est forcé d’imaginer que cette prise de parole répond à une stratégie particulière. Bien évidemment, on en sera réduit aux pures spéculations, mais peut-être le message d’hier ne s’adressait-il finalement pas aux Français. Peut-être était-il plutôt dirigé vers l’extérieur, ce monde qui nous regarde un peu, consterné par les résultats, et que Hollande a bien maladroitement tenté de rassurer, tant sur le plan politique que sur le plan économique avec ses promesses de réformes, pour l’instant sans substance concrète. Peut-être aussi ce message s’adressait-il à ses propres troupes sur le mode « Tenez bon, j’ai compris qu’on barbotait dans le purin, on va s’en sortir », impossible à faire avaler.
Difficile à savoir. La seule impression qui surnage est que le chef de l’Exécutif semble s’être fait dicter sa conduite par un parti tiers, qu’il est balloté par les événements et ne montre aucun signe de savoir où il va… mais qu’il y va quand même, à tout hasard.
Vraiment, tout ceci n’est pas très rassurant.


Source contrepoints.org

lundi 26 mai 2014

Billets-Européennes… ça bouge !


Européennes… ça bouge !

Au-delà des batailles de chiffres et querelles de chapelles, le verdict des élections européennes en France est à la fois inquiétant, et porteur d’espoir.
Inquiétant parce que :
  • Si l’on rajoute les voix des deux Fronts (National et de Gauche), on obtient 34% des voix. Bien sûr, le taux d’abstention très élevé (entre 56% et 58%) fausse les proportions mais le tiers environ des Français qui se sont déplacés aux urnes ce dimanche ont fait un choix protestataire et populiste. Protestataire car ces deux partis sont en opposition avec le système en place. Populiste parce que les solutions que ces deux partis suggèrent sont à la hauteur de leur discours protestataire : elles tiennent plus du rejet de l’ordre établi que de la recherche de solutions concrètes et opportunistes, plus de la recette de grand-mère que de la stratégie réfléchie et qui a fait ses preuves ailleurs ou plus tôt dans l’histoire économique…

  • Le parti au gouvernement, qui accumule les échecs depuis deux ans, et qui malgré cela, continue de discourir et de travestir les faits aux Français, ne représente plus que 14% et quelques. Si l’on compare aux résultats obtenus dans les autres pays européens, il est évident que le rejet du gouvernement actuel a pesé très lourd dans la balance. Structurellement, une bonne partie du vote populiste s’explique vraisemblablement par l’impuissance publique actuelle. Il s’agit, à l’instar et dans la continuité des municipales, d’un vote sanction sévère à l’attention du Président français et de son gouvernement.

  • Même si additionnés entre eux, les partis de droite modérée, non étatiste, et « plutôt non anti-libérale » (il faut rester nuancé car en France, même la droite est un peu de gauche) arrivent en tête avec près de 30% des voix, le principal parti de l’opposition qui puisse se targuer d’être crédible en tant que présidentiable, a également été lui aussi méchamment sanctionné. Contrairement aux municipales, élections qui ont peut-être fait illusion à son sujet, lors de ces européennes, la présidence bancale de l’UMP paie (enfin ?) le prix de ses conflits et du fait générateur, celui qui est un peu à l’origine de tous ses errements : la fausse-vraie élection de son premier secrétaire. Ce parti qui aurait dû faire un carton sur les décombres d’un gouvernement de gauche plus qu’aux abois (il cumule en effet tous les échecs : chômage, dette, et pression fiscale, c’est-à-dire le comble du ratage) se fait tout simplement descendre (il ne représente que 20% des voix exprimées), après avoir sans doute un peu trop trompé ses militants et les électeurs en voulant ne pas traiter le problème à sa racine, tout cela probablement pour des raisons d’ego et/ou de calcul à plus ou moins long terme de la part de certaines ambitions politiques… Au lieu de compenser l’artificialité handicapante de l’élection de son premier secrétaire, sa direction quasiment bicéphale n’aura fait qu’accroitre ses blocages internes.

Mais porteur d’espoir car pour ces élections européennes, les Français se sont laissé aller et se sont même défoulés. Avec une certaine rugosité d’ailleurs. Il en résulte plusieurs avantages :
  • Au niveau national, le gouvernement actuel, totalement à la rue, qui a perdu deux ans et dont le Président a sauvé sa peau récemment en nommant premier ministre probablement le seul joker compétent qu’il pouvait trouver au sein de sa famille politique, se trouve sous une pression encore plus forte. C’est presque dommage pour ceux qui seraient prêts à croire en la réussite de M. Valls, mais cela devrait inciter le gouvernement à se remettre encore plus en question, et puisse-t-on rêver, cela pourrait pousser le Président à prendre des décisions radicales à la mesure de son incapacité avérée (et dangereuse). Imaginons un instant qu’il soit habité par une certaine forme d’abnégation, qu’il ait le sens du ridicule ou encore celui du devoir patriotique. Il pourrait en sortir grandi, et éviter par la même occasion de trainer ad vitam aeternam au fond des poubelles de l’histoire…

  • Au niveau européen, cela fait rentrer certes en nombre limité, mais suffisamment bruyamment, des députés prêts à tout, notamment à parler cru et à oser nommer les problèmes actuels des démocraties déclinantes comme la nôtre. Un peu d’anti-européanisme (à dose supportable au vu du nombre de députés) au sein du Parlement Européen peut sans doute titiller les conservatismes, remuer les mauvaises habitudes, et réveiller certaines torpeurs…

En réalité, le score du FN n’est pas si dramatique car ce parti ne trouvera pas si facilement des alliés au Parlement Européen lui permettant de passer à l’acte et de mettre en œuvre ses remèdes de rebouteux. Et puis, nous sommes en démocratie, et le FN a au moins un mérite, celui d’exprimer la profonde défiance de la part d’une part croissante de la population française vis-à-vis de sa classe politique, ce qui n’est pas rien ! Cela devrait finir par payer.

Enfin, en France, même si l’enjeu de ces élections européennes n’était que relativement peu domestique, le mauvais score de l’UMP doit servir de détonateur salvateur. Face à un Parti Socialiste qui, selon les mots même de l’actuel Premier Ministre, a un problème, celui « de ne jamais avoir réussi à se libérer de la nostalgie marxiste », il est urgentissime qu’une force crédible, indiscutable et exemplaire dans son comportement comme dans ses propositions émerge clairement et torpille chaque fois qu’il est possible le gouvernement actuel afin d’interrompre au plus vite cette chronique d’un échec annoncé qui a déjà coûté beaucoup trop d’argent et de malheurs individuels en seulement deux ans.


Source contrepoints.org

dimanche 25 mai 2014

Infos santé-Alerte sur des compléments alimentaires


Alerte sur des compléments alimentaires

L'Anses met en garde contre la p-synéphrine, une substance utilisée dans des compléments alimentaires amincissants. Elle recommande de ne pas dépasser 20 mg/jour et le déconseille à certaines populations à risque. 
Les compléments alimentaires sont nombreux et connaissent un grand succès depuis quelques années, notamment ceux favorisant la perte de poids.

Dans un avis récent, l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a pubié des recommandations concernant ceux à base de para-synéphrine ou p-synéphrine, vendus dans le but de favoriser la réduction de la masse graisseuse. La p-synéphrine se trouve dans de nombreux agrumes et notamment dans l'écorce d'orange amère et d'autres espèces de Citrus (orange, citron, mandarine). Elle n'est donc pas néfaste en soi pour la santé. 
«La très grande majorité (95 %) des personnes consommant des agrumes dans leur alimentation de tous les jours atteint une dose de p-synéphrine n'excédant pas 20 mg/jour», précise Irène Margaritis, professeur et chef de l'unité d'évaluation des risques liés à la nutrition au sein de l'Anses.

  • Un problème de dose
Les risques liés aux compléments alimentaires viennent du fait que l'on en absorbe d'un seul coup bien plus que ce que n'importe quel régime alimentaire. «Le problème c'est la dose», a déclaré le Pr Irène Margaritis.
Les compléments alimentaires à base d'extraits de citrus spp ayant fait l'objet de déclarations d'effets cardiovasculaires en nutrivigilance apportaient entre 1 et 72 mg de p-synéphrine par jour, aux doses que préconise le fabricant, et contiennent tous de la caféine. «La p-synéphrine et la caféine ont un effet cumulatif voire multiplicateur», souligne Irène Margaritis.


  • Ne pas dépasser 20 mg/jour
L'Anses a reçu 18 signalements d'effets indésirables susceptibles d'être liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la p-synéphrine, depuis la création de son dispositif de nutrivigilance en 2009.
Parmi les 13 cas d'imputabilité très vraisemblables ou possibles, figurent des effets cardiovasculaires, des atteintes hépatiques, une hyperphosphorémie et une atteinte neurologique.
L'Anses recommande donc de ne pas excéder la dose de 20 mg par jour, et donc de ne pas consommer les compléments alimentaires qui conduisent à un apport quotidien supérieur à cette valeur-repère.

  • Totalement déconseillé pour les hypertendus, les femmes enceintes...
L'agence déconseille par ailleurs fortement la consommation de p-synéphrine pour les populations à risque accru d'effets indésirables, telles que les personnes sous traitement particulier pour l'hypertension, la cardiopathie ou la dépression. Les femmes enceintes ou allaitantes, les enfants ou les adolescents sont également concernés par cette mise ne garde.
L'Anses déconseille également l'utilisation de produits comprenant de la p-synéphrine lors d'une activité physique en raison d'éventuels effets sur le profil tensionnel, qui pourraient majorer les risque cardio-vasculaires chez les personnes en surpoids ou obèses.
Ce n'est pas la première fois que la dangerosité des compléments alimentaires est pointée du doigt. En janvier 2014, des compléments alimentaires utilisés pour le renforcement musculaire et la perte de poids avaient fait l'objet d'une mise en garde, accusés d'être à l'origine d'hépatites aiguës. Il faut donc utiliser ces compléments avec précaution.


Source pourquoidocteur.fr

Infos santé-Les fringales nocturnes enfin expliquées


Les fringales nocturnes enfin expliquées

Avoir faim en plein milieu de la nuit n'est pas simplement le fait de gourmands insatiables. Une mutation génétique en serait la cause, selon une étude.
  
Se réveiller en plein milieu de la nuit pour manger une cuillérée de Nutella relève, pour certaines personnes, d'une attitude compulsive. Nombreux sont ceux pour qui la nuit commence à 23h et se termine à 7h sans aucune interruption. Mais pour les mangeurs nocturnes, c’est mission impossible. Jusqu’à aujourd’hui, aucun chercheur n’a été en mesure d’expliquer pourquoi certaines personnes souffrent de « syndrome de fringale nocturne »(1), c’est-à- dire l'ingestion de nourriture en plein milieu de la nuit. Un gène défaillant en serait la cause, selon une étude sino-américaine publiée dans le journal scientifique, Cell Reports.

  • Un gène défaillant suffit
Les auteurs de l’étude se sont servis de souris dans lesquelles ont été introduits deux gènes humains, le PER1 et le PER2, deux liés au sommeil et aux troubles du sommeil. Pour savoir lequel des deux était responsable, les chercheurs les ont désactivés l'un après l'autre. Lorsque le gène PER2 a été mis au repos, les souris ont manifesté une grande fatigue et de manière beaucoup plus tôt qu’à l’habitude. Lorsqu’il est désactivé, le PER1 entraîne une envie de manger chez les souris qui les empêche de dormir.
Lors d’un régime imposé par les chercheurs à toutes les souris, celles aux gènes défaillants n’ont pas pris plus de poids que les autres. Même sur une période de 10 semaines, le résultat est semblable. Les auteurs de l’étude ont découvert, qu’en cas de syndrome de fringale nocturne, la prise de poids est due à un accès facile et permanent à la nourriture et non pas à un facteur métabolique.
Pour ses auteurs, cette étude est aussi une preuve que les gènes PER1 et PER2, lorsqu’ils sont synchronisés, permettent de garder le cycle du sommeil et le cycle de la faim alignés. La rupture du lien entraînerait une envie de manger pendant la nuit.

  • Une reconnaissance de cette pathologie
« Depuis longtemps, les gens pensaient que le syndrome de fringale nocturne n’était pas réel », confie l’auteur de cette étude, le Dr Satchidananda Panda. Dans le monde scientifique, elle est considérée depuis peu comme étant un trouble alimentaire à part entière par l’American Psychiatric Association. Grâce à cette étude, la perception de la population face à cette pathologie pourra évoluer.
Les résultats ont même supris l’équipe du Dr Panda : « Nous n’avions pas imaginé que nous pourrions découper les cycles du sommeil et les cycles de la faim, surtout avec une simple mutation génétique. » Cette découverte est une première étape vers l’analyse plus approfondie de ces cycles. Pour le Dr Panda, « Cela ouvre la porte à de nombreuses questions pour le futur, notamment pour savoir comment ces cycles sont régulées. »

(1) Syndrome de fringale nocturne, ou d’hyperphagie nocturne : trouble alimentaire qui se manifeste par l’ingestion nocturne de plus de 25 % de l’apport calorique quotidien, ou par la consommation nocturne d’aliments deux fois ou plus par semaine.


Source pourquoidocteur.fr

samedi 24 mai 2014

Infos santé-Régime méditerranéen


Régime méditerranéen

Une alimentation combinant des graisses non saturées et des légumes riches en nitrates pourrait protéger contre l'hypertension artérielle.

Une alimentation combinant des graisses non saturées, comme l'huile d'olive, à des légumes riches en nitrates, tels les épinards, pourrait protéger contre l'hypertension artérielle, selon une recherche britannique qui lève le voile sur un mécanisme biologique bénéfique du régime méditerranéen.
Cette étude anglaise, menée avec des souris et publiée dans la revue PNAS, aide à comprendre les résultats d'études précédentes, selon lesquelles ce régime alimentaire peut réduire la tension artérielle.

Ce régime comprend le plus souvent des lipides non saturés trouvés dans l'huile d'olive et les fruits à coque, ainsi que des légumes comme les épinards, le céleri et les carottes. Ces fruits et légumes sont riches en nitrates inorganique et en nitrites, produits de l'oxydation de l'azote.
Quand ces deux groupes d'aliments sont combinés, la réaction chimique des acides gras non saturés avec les éléments d'azote contenus dans ces légumes entraîne la formation d'acides gras "nitro", qui abaissent la tension artérielle.

Ces chercheurs ont cherché à déterminer si les nitrates et nitrites neutralisaient une enzyme qui régule la tension artérielle.
Les souris génétiquement modifiées pour être résistantes à ce processus de neutralisation de cette enzyme ont continué à avoir une tension artérielle élevée malgré le fait d'être nourries avec des aliments riches en acides gras nitro, qui se forment normalement dans l'organisme en consommant un régime alimentaire méditerranéen. En revanche, chez les souris normales, soumises à la même alimentation, ces acides gras ont contribué à faire baisser leur tension artérielle.

  • Bénéfique aussi contre la pollution
"Les résultats de notre recherche apportent un éclairage sur les études faites précédemment, montrant qu'un régime méditerranéen avec de l'huile d'olive vierge ou des fruits à coque peut réduire l'incidence de problèmes cardiovasculaires", souligne le Dr Philip Eaton, professeur de biochimie cardiovasculaire au King's College de Londres, principal auteur de cette étude financée par la British Heart Foundation.
Par ailleurs, d'autres travaux publiés lundi à la conférence de l'American Thoracic Society réunie à San Diego (Californie) suggèrent que l'huile d'olive minimiserait certains effets cardiovasculaires nocifs de la pollution de l'air.

"Être exposé aux particules fines en suspension dans l'air peut entraîner des dysfonctionnements des vaisseaux sanguins, ce qui peut provoquer des problèmes cardiovasculaires et contribuer à l'athérosclérose", explique le Dr Haiyan Tong, chercheur à l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA), le principal auteur.
"Alors que l'huile d'olive et de poisson sont connues pour leurs effets bénéfiques contre ce type de dysfonctionnements, nous avons examiné l'utilisation de compléments alimentaires contenant ces huiles pour contrecarrer les effets cardiovasculaires néfastes d'une exposition à des concentrations de particules de pollution de l'air", précise-t-il.
Sur un panel de 42 adultes, une partie ont pris pendant quatre semaines des compléments d'huile d'olive, une partie ont pris des compléments d'huile de poisson et une partie n'ont rien pris. Ils ont été exposés pendant deux heures à de l'air filtré et le jour suivant à un environnement avec des concentrations élevées de particules fines de pollution.
Le groupe qui avait pris des compléments d'huile d'olive n'a montré quasiment aucun changement dans la dilatation de ses vaisseaux sanguins, tandis que les deux autres groupes ont subi une réduction de 13 % chez ceux ayant pris de l'huile de poisson et 19,4 % dans le groupe témoin.

Enfin, une protéine jouant un rôle clé dans la dissolution des caillots sanguins a augmenté de 11,6 % immédiatement après une exposition à l'air pollué chez les participants traités avec de l'huile d'olive. Cet effet a persisté jusqu'à vingt heures. Les chercheurs n'ont constaté aucun changement dans le groupe traité avec l'huile de poisson ou sans aucun complément.


Source sciencesetavenir.fr

Billets-Les investisseurs classent les dirigeants de la planète


Les investisseurs classent les dirigeants de la planète

On savait depuis plusieurs mois déjà que François Hollande avait perdu toute crédibilité auprès des français. C’est désormais chose faite à l’international, moins de 2 ans après son entrée en fonction, comme le révèle l’enquête annuelle de Bloomberg auprès de ses gros clients (financiers et investisseurs du monde entier).

Le jugement est sans appel ! Pour les investisseurs internationaux, la politique de François Hollande est la pire possible parmi les choix proposés. Seuls 11% des sondés la jugent aptes à stimuler l’investissement en France, en berne depuis plusieurs années maintenant, rappelons le !
Pire, Hollande semble moins apprécié que Poutine, autocrate assumé dont les manœuvres belliqueuses en Europe de l’Est font massivement fuir les capitaux. Quels trésors d’incompétence et de bêtise ne faut-il pas déployer pour réussir à être jugé plus catastrophique qu’un tel homme ?

 Infographie publiée dans Die Welt, Source: Bloomberg.
Source contrepoints.org

Billets-Vague populiste : un signal d’alarme


Vague populiste : un signal d’alarme

Les citoyens européens sont en colère contre les mutations économiques et sociales qui traversent le continent. Mais c’est aux partis traditionnels de répondre à leurs préoccupations, et non aux populistes.

Partout en Europe, des gens voient leur vie affectée par des changements qu’ils n’ont pas souhaités, pour lesquels ils n’ont pas voté et dont ils ne veulent pas. Dans leurs villes les plus prospères, la ligne d’horizon est modifiée par des tours métalliques qui surgissent à la place d’anciens jardins ou pubs, et dans leurs villes les plus pauvres des détritus jonchent des rues aux magasins fermés.

Les campagnes sont rongées par l’expansion des banlieues ou divisées entre zones d’agriculture industrielle et concentrations de riches propriétés. Des éléments de notre environnement qui semblaient éternels ne sont soudain plus là. De grandes entreprises dont nos pays s’enorgueillissaient à juste titre disparaissent ou sont rachetées par des groupes étrangers. Des établissements anciennement réputés sont privatisés, rebaptisés, et perdent de leur prestige.

De nouveaux venus s’installent sans y avoir été invités, parlant des langues différentes et pratiquant des religions différentes. Eux aussi sont mécontents de voir les usines et les bureaux fermer, et leurs enfants incapables de trouver un emploi ou un logement. Les Etats eux-mêmes sont touchés, menaçant d’imploser ou de se morceler. Rien d’étonnant donc si des citoyens, pour peu que ce mot signifie encore quelque chose, lèvent les bras au ciel en disant : “Qui a voulu tout ça ?” Voilà l’image qu’offre notre continent aujourd’hui, mais à quelques détails près il offrait la même hier, voire avant-hier. Quand l’Europe n’est pas ravagée par une guerre, elle est en proie au mécontentement, minée par la colère, assaillie de récriminations, et elle constitue un terrain propice aux partis populistes de droite comme de gauche.

Dans un passé pas si lointain, il n’existait pas de structure transnationale à part entière comme l’Union européenne pour attirer la colère populiste. Mais la situation actuelle, où les partis rebelles de beaucoup de pays vont probablement envoyer un gros contingent d’élus antieuropéens à Bruxelles, n’est pas fondamentalement nouvelle. Les “nouveaux” partis ne sont pas nouveaux en Europe. Il suffit de se remémorer ceux d’Oswald Mosley [homme politique britannique, fondateur de l’Union britannique fasciste en 1932], Pierre Poujade et Jörg Haider pour voir que le populisme d’aujourd’hui est moins pernicieux que celui d’hier.

D’abord, ces partis sont tellement différents les uns des autres qu’on peut douter de leur capacité à travailler ensemble. Certains d’entre eux sont résolument opposés à l’UE, d’autres préfèrent la réformer plutôt que l’abolir ou la quitter. Un ou deux sont franchement néofascistes, d’autres ont renié, et ce avec plus ou moins de conviction, leurs origines d’extrême droite, et d’autres encore viennent de la gauche de l’éventail politique.

  • Une déliquescence du débat
Les politiciens des partis traditionnels se plaisent à souligner que, pendant qu’ils ont la lourde charge d’appliquer de nécessaires mais douloureuses mesures d’austérité, de coopérer avec le grand capital et de veiller au bon fonctionnement de l’UE, les partis populistes raflent les suffrages. La réalité est plus complexe.

Les gens ne voient pas d’un bon œil ce qui est en train de se produire dans leur pays et sur leur continent. Plutôt que de répondre clairement à leurs inquiétudes, les politiciens traditionnels tendent à les esquiver. Les partis marginaux jouent un autre jeu, proposant des politiques simples, voire simplistes, comme celle visant à mettre un terme à l’immigration ou à déclarer une guerre ouverte aux entreprises. Des sornettes d’un côté, de l’indignation de l’autre.

Il ne peut que s’ensuivre une déliquescence du débat politique, une perte de nuances et d’intelligence. Pourtant, on peut considérer avec optimisme l’actuelle vague populiste. C’est à la fois une incitation à corriger le tir et un signal d’alarme. L’influence, au sein des institutions européennes et nationales, de dirigeants d’entreprise qui se rémunèrent trop, qui se désintéressent du coût social de leurs initiatives et qui amplifient les inégalités a pris trop d’importance. Le processus de démantèlement de l’Etat providence doit être inversé.

Il faut mettre un terme au saccage de nos villes et de nos campagnes. L’accroissement de la précarité est un scandale. Et l’homogénéisation de la culture, du mode d’alimentation, des campagnes, des villes et des rues commerçantes de l’Europe, un véritable cauchemar. Ça ne devrait pas être au Front national français de signaler tous ces problèmes. La tâche incombe au centre de l’éventail politique, et non à ses extrémités.

Dessin de Horsch, Allemagne.
Source Courrier International