samedi 12 octobre 2013

Billets-Montée du FN


Montée du FN

Comment en est-on arrivé là ?
Selon un sondage paru mercredi, le Front national arrive en tête des intentions de vote aux prochaines élections européennes. Pour les journalistes étrangers, la montée du FN s'explique avant tout par la pauvreté du débat politique français.

”Le cyclone Le Pen effraie l’Europe et maintenant l’Elysée”, écrit le quotidien italien La Stampa après la publication du sondage IFOP qui place le Front national en tête des prochaines élections européennes, avec 24% des intentions de vote. Il s'agit du second signal d’alarme en trois jours, poursuit le quotidien italien : ”Dimanche [6 octobre], au premier tour des cantonales partielles de Brignoles (Var), le candidat du FN a tout raflé en obtenant un score impressionnant de 40,4% des voix, le double de l’UMP, le triple de la gauche.”

Le résultat de Brignoles constitue un premier coup de semonce pour l’Elysée, écrit The Times : ”Le président Hollande a dû faire la grimace lors de l’élection cantonale partielle en Provence. (…) Imaginez la tête de David Cameron s’il apprenait que l’UKIP [parti britannique populiste eurosceptique] a remporté 40% à une élection partielle des Home Counties [comtés autour de Londres]. Dur.”

Comment en est-on arrivé là ? s'interrogent les journalistes européens. Il y a avant tout la mue du FN entreprise par la fille Le Pen, explique The Times. Une femme politique ”pro gay, pro avortement, mère de trois enfants, divorcée, qui a travaillé pour débarrasser le parti de son père de ses oripeaux d’extrême droite traditionnelle, utlra-catho, royaliste et raciste”. Exit les skins, les discussions douteuses sur la Seconde Guerre mondiale ou sur la guerre d’Algérie.

Marine Le Pen « n’a eu de cesse de brouiller les pistes. Pas un jour ne se passe sans qu’elle n'exhorte les valeurs de la République. Elle a même détourné les idées traditionnellement défendues par la gauche telle que la laïcité (…). Et elle va aujourd’hui jusqu’à menacer de poursuites judiciaires toute personne qui qualifierait son parti d’extrême droite ». Difficile donc de mettre une étiquette sur le FN, souligne le quotidien anglais. ”Si sur l’économie sa rhétorique très protectionniste ne convainc pas, sur les questions d'identité nationale, elle touche un large spectre politique”.

Le vote FN n'est plus un tabou
Si bien qu'aujourd’hui en France, écrit La Stampa, ”déclarer son vote FN n’est plus tabou”. Et le quotidien italien de citer les récentes déclarations d’Alain Delon, qui approuve la montée de l'extrême droite.

Pour la plupart des commentateurs, la réussite du FN est directement liée à la faillite des partis traditionnels français. Pour The Times, ce succès est ”autant dû au charisme de son leader qu’à l’incapacité de ses opposants à se confronter aux dures réalités d’aujourd’hui. Aucune discussion sérieuse possible sur des sujets tels que l’immigration, la délinquance, l’éducation ou la religion sans que les ministres ne finissent par se traiter de noms d’oiseaux”.

De son côté, El País explique que la droite a largement contribué à légitimer les idées du FN lors de la campagne de 2012, ”quand Sarkozy copiait le discours islamophobe d’extrême droite”. Le journal espagnol qui souligne la radicalisation actuelle de la vieille droite républicaine désorientée,  n'épargne pas les socialistes : ”Incapable d’humaniser l’esprit comptable froid de l’Europe allemande, Hollande a annoncé les plus grandes coupes [budgétaires] de l’histoire de France avec 14 millions d'euros d'économies pour 2014, et n’a semblé n’être de gauche que pour ses positions sur l’éducation et le mariage gay. Les socialistes ont perdu la grâce de la gauche radicale et de ses alliés écologistes pour avoir échoué à mettre en œuvre le slogan, ”le changement c’est maintenant". Le rejet de Sarkozy, qui a porté Hollande à l’Elysée, s’est dissipé dans une présidence normale, fonctionnelle, asipide et résignée”.

 Dessin de Chappatte, Suisse.
Source Courrier International

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