mercredi 31 octobre 2012

Billets-Les enfants accros aux écrans


 

Accros aux écrans : nos enfants, ces mut@nts

Dès le berceau, ils passent une partie de leur vie devant les tablettes, ordinateurs, et autres smartphones... quel impact sur leur développement ?


La révolution numérique est en train de façonner une autre jeunesse, peut-être même une autre humanité. (Frédéric Cirou/ Maxppp)

C'est un bébé de 15 mois qui fait défiler ses vacances corses, hilare, sur le smartphone de sa mère. Un autre, à peine plus âgé, qui se lève à 6h30 chaque matin en réclamant l'iPad, son "plus bon meilleur ami". C'est une élève de CM1 qui interroge sa maîtresse : "A quoi ça sert d'apprendre, madame, tout est sur Wikipédia ?" Un rebelle qui jette son cahier de français au visage de son père : "Et toi alors, tu utilises bien le correcteur d'orthographe !" Une nymphette de primaire qui s'agace de devoir écrire avec un stylo : "Ce serait tellement mieux si on avait droit à l'ordi en classe !" Une fille de profs qui, la nuit, discute sur la Toile à l'aide de son avatar. Et tant d'autres qui ne trouvent plus le sommeil à force de "texter", tweeter, tchater quand les parents sont couchés.

  • Une révolution à l'échelle de l'humanité
Scènes de l'enfance ordinaire en 2012. Sans qu'on en prenne la mesure, les premiers temps de la vie ont subi en quelques années un bouleversement inouï. "Une révolution à l'échelle de l'humanité, comme le dit le psychiatre Boris Cyrulnik. Plus rien ne sera comme avant. Nous avons devant nous de véritables mutants." Les petits d'hommes, échographiés en 3D avant leur naissance, ouvrent aujourd'hui les yeux dans un univers numérisé. Autour d'eux, partout, des écrans, tablettes, ordinateurs, smartphones, jeux vidéo, dans lesquels ils plongent avec délice, souvent même avant de savoir parler. Dès leur entrée à l'école, ils passeront en moyenne cinq heures quotidiennes avec eux. Au collège, ils auront tous un portable avec lequel ils enverront, dans une novlangue de leur cru, en moyenne 83 SMS par jour : "Takacroir !"...
Comment croire justement que ces fascinants doudous modernes n'aient aucune influence ? Au risque d'apparaître ringard ou passéiste, on ne peut s'empêcher de se demander ce que deviendront ces petites têtes nourries au virtuel ? Et ces ados sous "ecsta-numérique" ? Quel peut être l'impact de ce nouveau monde sur leur développement, leur intelligence, leur façon d'être et de penser ?

  • Aux Etats-Unis, pro et anti-numériques se déchirent
Aux Etats-Unis, en Europe du Nord, depuis quelques années déjà, pro et anti-numériques se déchirent à coups d'argumentaires souvent baignés d'idéologie. Les premiers regardent, bluffés, ces "digital natives", comme les a appelés, dès 2001, l'essayiste américain Marc Prensky tellement plus curieux, vifs, fluides, rapides. Soyons confiants, disent-ils, les révolutions technologiques ont toujours suscité des angoisses. Jadis, Socrate s'inquiétait des ravages de l'écriture sur la mémoire des peuples... L'histoire est en marche, inéluctable certes. Mais quelques esprits libres ne peuvent s'empêcher de s'interroger. Parmi eux, une éminente professeure de neurologie d'Oxford, connue pour ses recherches sur Alzheimer, Susan Greenfeld :

« Il faut réaliser que ce que l'on vit aujourd'hui est comparable au changement climatique. Et les enfants sont en première ligne. Lorsqu'ils surfent sur le Net, jouent en réseau, leur cerveau en construction est exposé à une activité trop intense qui perturbe leur développement.»

Difficulté à se concentrer, à communiquer avec les autres, à se projeter, baisse de l'empathie seraient les symptômes d'une génération de zappeurs élevés en 3D. Dans "The Shallows : What the Internet Is Doing to Our Brains" (traduit, aux éditions Robert Laffont, sous le titre : "Internet rend-il bête ?"), en lice l'an dernier pour le prix Pulitzer, le journaliste américain Nicholas Carr fait le même diagnostic. Et prédit même, après un siècle de progression de l'intelligence - le fameux effet Flynn (du nom du chercheur James Flynn, qui a mis en évidence l'accroissement du Qi depuis dix ans dans les pays industrialisés.) -, une baisse du QI. Elle serait, selon lui, déjà observée en Grande-Bretagne et en Norvège, deux pays convertis précocement à internet et aux smartphones. Le best-seller de Carr est la bible de nombreux geeks de la Silicon Valley qui, tout en abreuvant nos enfants de leurs inventions numériques, choisissent de confier les leurs aux Waldorf Schools, des écoles privées d'écrans. "Back to basics", jouets en bois, pâte à modeler, tricot et tableau noir... pour près de 20 000 dollars l'année scolaire. Leurs bambins, au moins, ne seront pas intoxiqués.


En France en 2009, 90% des jeunes de 12 à 17 ans avaient accès à internet, 83% possédaient au moins une console de jeux, 85% un téléphone mobile. (Gérard Launet/Maxppp)

  • En France, l'indifférence a longtemps régné 
Bizarrement, la France des Lumières a longtemps négligé ces questions, comme inconsciente, ou dépassée par l'émergence de cette nouvelle enfance 2.0. "Quand je demande aux élèves combien de temps ils passent devant les écrans, ils me regardent comme un extraterrestre, note un professeur de lettres d'un collège des Yvelines. Et quand j'annonce à leurs parents que, de l'aveu même de leur progéniture, la moyenne tourne autour de cinq à six heures par jour, ils m'observent résignés, l'air de dire "on n'y peut rien"." Dans les cercles scolaires, politiques et intellectuels, quelques chercheurs mis à part, la même indifférence a longtemps régné. Mais plus pour longtemps. Le 20 novembre, la défenseure des enfants remettra au président de la République un rapport sur le sujet, avant que l'Académie des Sciences, en janvier, ne rende à son tour le sien, intitulé "Mon cerveau face aux écrans".

  • L'outil qu'on utilise imprime l'organe de la pensée
Le professeur Olivier Houdé en rédige actuellement les grandes lignes, à la Sorbonne, dans le silence de l'ancien bureau lambrissé d'Alfred Binet, père des tests de QI. Comment se forme l'intelligence ? La question passionne depuis toujours cet ancien instituteur belge, diplômé en neurosciences, directeur au CNRS du Laboratoire de Psychologie du Développement et de l'Education de l'Enfant. A l'orée des années 2000, il s'est naturellement intéressé à l'influence des écrans sur les premiers temps de la vie. C'est dans ces années cruciales que se forme le cerveau. Il est alors particulièrement plastique, fragile, hypersensible à tout ce qu'il voit, touche, ressent, comme l'ont établi les chercheurs en neurosciences. "Les neurones, générés avant la naissance, vont se connecter durant cette période, puis connaître un regain d'activité au moment de la puberté. Les réseaux, les autoroutes par lesquelles circule l'information, vont se former en fonction de l'environnement du sujet. On le voit bien chez les petits délaissés par leur mère, les circuits sont altérés", explique Jean-Pierre Bourgeois, directeur de recherche à l'Institut Pasteur. De nombreuses études menées sur les violonistes ou les pianistes démontrent que l'outil qu'on utilise imprime l'organe de la pensée.

« De même, le temps passé devant les écrans laisse forcément une trace dans le cerveau du petit d'homme.»


Le professeur Olivier Houdé (debout) dans son laboratoire observe l'activité cérébrale des enfants. (Anne van der Stegen)

Dans son laboratoire, Olivier Houdé observe l'activité cérébrale des enfants, grâce à l'IRM (imagerie par résonance magnétique) ou l'EEG (technique produisant des électroencéphalogrammes à haute densité). Des expériences dans les écoles sur des élèves volontaires, de la petite section de maternelle au CM2, équipés d'un casque de 256 électrodes, permettent de mesurer en millisecondes l'activité électrique du réseau neuronal lorsqu'ils sont devant l'ordinateur. "Après l'invention de l'imprimerie s'est développée à grande échelle une intelligence réfléchie, linéaire, lente, cumulative. Avec l'écran, on est dans un nouveau mode : fluide, rapide, fragmenté, automatique. Ce sont plutôt les régions postérieures du cerveau, les parties visuelle, sensorielle, l'intelligence élémentaire, qui sont activées, indique Olivier Houdé. On sollicite moins, ou trop rapidement, le cortex préfrontal, la partie la plus noble, que l'on appelle parfois "l'organe de la civilisation", siège de la synthèse personnelle, du recul, de l'abstraction. Sans être catastrophiste, il y a là quelque chose qui risque de modifier l'intelligence humaine."

  • Ces écrans si séduisants peuvent induire des comportements addictifs
Tout dépend, évidement, du temps passé devant l'écran, de la présence ou non d'un adulte aux côtés de l'enfant, de la nature de ce qu'il regarde. Des études ont montré que certains programmes éducatifs peuvent accélérer l'apprentissage de la lecture, que des jeux vidéo améliorent même l'attention sélective et la capacité de contrôle. A condition de savoir les consommer avec modération. C'est tout le problème : ces écrans si séduisants peuvent induire des comportements addictifs. Le pédopsychiatre Jean-Luc Martinot, directeur de recherche à l'Inserm, a cosigné une étude européenne menée dans des collèges allemands : "On a remarqué chez les adolescents passionnés de jeux vidéo (derrière leur écran plus de neuf heures par semaine) une augmentation du volume d'une partie centrale du cerveau, le striatum, liée au système de récompense. On peut dire que ces jeux vidéo stimulent l'une des zones les plus primitives du cerveau, vers laquelle convergent les informations venues du cortex." On a aussi constaté que les joueurs, comme les grands utilisateurs d'internet, sécrètent, devant l'écran, un puissant psychostimulant, la dopamine, comme les accros au tabac, à la cocaïne, à l'alcool, aux jeux d'argent...

  • Courir, sauter, voler d'un coup de joystick...
"Eh oui, désormais la défonce est aussi numérique et cela commence tôt, note Roland Jouvent, professeur de psychiatrie à la Pitié-Salpêtrière. Les enfants d'aujourd'hui sont plus richement stimulés que les générations passées." Ils ne font plus seulement l'expérience de la marche avec leurs jambes, ils peuvent courir, sauter, voler d'un coup de joystick. "Moi, je fais cinq sports, du foot, de la natation, du golf, du tennis, du hockey", se vantent les petits garçons, avant de préciser que s'ils transpirent... c'est sur leur Wii. "Pour nos mutants, il paraît de plus en plus dérisoire de jouer aux petites voitures quand, sur l'iPad, ils peuvent conduire une Ferrari en 3D, remarque Roland Jouvent. Les stimulations externes remplacent peu à peu les stimulations internes." L'enfant shooté aux écrans est, selon lui, forcément moins incité à faire travailler son corps et son imaginaire, à produire ses propres images mentales, pour se faire plaisir, supporter des périodes de souffrance ou de frustration. Il deviendrait, au fil du temps, de plus en plus dépendant de ses paradis numériques artificiels.


Nombre de spécialistes partagent aujourd'hui un drôle de sentiment : les enfants ne savent plus jouer. "Ils n'ont plus la notion de jouer pour de faux, assure le psychiatre Serge Tisseron. Or plus on fait semblant, moins on se lâche pour de vrai, d'où peut être la violence que l'on rencontre aujourd'hui dans les cours de récré. Des bambins de maternelle font des prises de catch sur leurs camarades, comme s'ils étaient sur le ring. Si un enfant n'apprend pas à jouer, il est amputé de la capacité d'imaginer, de développer son sens de l'humour, ce qui le prive d'un moyen puissant d'éviter la dépression." Le constat est identique des cabinets des beaux quartiers parisiens aux CMPP (centres médico-psycho-pédagogiques), qui accueillent des enfants moins favorisés. C'est l'école qui souvent les y envoie pour des problèmes d'attention, de comportement, de troubles de l'apprentissage.

  • Ils croient si bien faire en les préservant de l'ennui... 
Propos de parents perdus, entendus au CMPP de Tours : "On ne comprend pas, ils ont tout, la télé dans leur chambre, l'ordinateur, la Xbox. Ils ont tout..." "Peut-être trop", tentent sur la pointe des pieds les psys. Car ils connaissent les effets dévastateurs de la télévision à haute dose, spécialement sur les tout petits, mis en évidence dès 1997 par Zimmerman et Christaki, deux pédopsychiatres de Washington. Le suivi de 3 300 familles leur a permis d'établir qu'une consommation excessive peut altérer la formation des synapses et perturber les apprentissages. Les parents, eux-mêmes enfants de la télé, ne réalisent pas toujours que les temps d'écran, avec l'ordinateur, les tablettes, les jeux vidéo, ne cessent de s'allonger et de brouiller la tête de leurs bambins. Ils croient si bien faire en les préservant de l'ennui... L'ennui si cher à Winnicott, qui jugeait ces temps de jachère indispensables à de solides fondations intérieures. "On leur dit aux familles : c'est bien aussi de s'ennuyer. Mais ils ont du mal à comprendre, regrette la psychologue Chantal Marchais. Pour la plupart, l'écran est un non sujet. Il faut dire que souvent le père est aussi accro à la Xbox que le fils."

  • La DS et l'iPad sont les tétines de l'enfant moderne
Les parents sont souvent pris au piège de leurs propres contradictions. La pédiatre star de la plaine Monceau, Edwige Antier, en voit à la pelle de ces bobos - profs, médecins, avocats - qui déplorent que leurs enfants ne lisent plus Balzac et Jules Verne, alors qu'eux-mêmes pianotent en continu sur leur iPhone. "Ils ont la nostalgie d'une bonne éducation à l'ancienne, d'un enfant qui lit, mais ils ont aussi besoin, après le travail, de se ménager des moments à eux. Alors, ils les flanquent devant les écrans, sans réaliser qu'ils risquent de le payer plus tard. La DS et l'iPad sont les tétines de l'enfant moderne." Tellement efficaces pour obtenir le silence, à la maison, en voiture, chez le médecin... "L'iPad, c'est quand même mieux que la Ritaline" (Psychotrope couramment prescrit pour les enfants hyperactifs), dédramatise Marcel Rufo qui, dans sa salle d'attente, a installé des jeux vidéo. Le célèbre pédiatre de Marseille se refuse à tout catastrophisme.
Il y a de quoi s'inquiéter, pourtant, à voir ces brassées d'adolescents scotchés aux écrans. Nuits sur Facebook, bulletins scolaires en baisse, dialogues de sourds, vie de famille déstabilisée. "Ca passera", rassure-t-il. "Comment les débrancher ?", supplient les parents. Certains vont jusqu'à couper, le soir, les compteurs électriques ! "Nous voyons de plus en plus de très jeunes obèses qui restent devant un écran, comme les "hikikomori", ces adolescents japonais repliés sur eux-mêmes", s'inquiète Xavier Pommereau, chef du service de psychiatrie pour adolescents du CHU de Bordeaux. Pour atteindre le psychisme de certains jeunes patients, il est désormais contraint de passer par leurs avatars sur la Toile. "Beaucoup d'enfants sont trop dans la virtualité, très narcissiques, avec des imaginaires appauvris, des émotions et des sentiments gommés. Ils flirtent sur la Toile de manière très crue, s'embrasent, puis se jettent ; ils ont un déficit de liens avec de vraies personnes en chair et en os."

  • Des élèves plus curieux, mais plus zappeurs
A l'école, les enseignants trouvent des élèves plus curieux, mais plus zappeurs. Leur difficulté à se concentrer est démontrée : "En 1934, un gamin restait concentré en moyenne quinze minutes ; aujourd'hui, il se cantonne à cinq minutes. Mais il en fait presque autant qu'un petit d'avant guerre en dix minutes, explique le spécialiste des sciences de l'éducation, Philippe Meirieu. Nos jeunes mutants ont une réactivité beaucoup plus grande, ils sont montés sur ressort."
Dans son dernier essai (Ed. Le Pommier), Michel Serres songe à cette nouvelle humanité, incarnée par sa “Petite Poucette”, cette enfant moderne au pouce follement habile, qui, grâce à son ordinateur a "une mémoire plus puissante que la nôtre, une imagination garnie d'icônes par millions, une raison aussi, puisqu'autant de logiciels peuvent résoudre cent problèmes que nous n'eussions pas résolus seuls". Plein d'espérance, le philosophe songe :

« Aujourd'hui, on n'a pas le cerveau vide, on a le cerveau libre. Nous pouvons nous concentrer sur l'intelligence inventive.»

C'est vrai. Pour une minorité. Les profs, eux, voient davantage de butineurs adeptes du copier-coller que de futurs Bill Gates. Le monde de la connaissance leur appartient mais beaucoup ne savent pas en tirer profit, parce que, contrairement à leurs aînés, ils ont baigné dans les nouvelles technologies sans avoir appris à structurer leur pensée. "Ils ne se posent pas, ne savent pas ce qu'est la propriété intellectuelle, recopient les pages Wikipédia d'un clic", se désole une prof de philo d'un lycée parisien. Elle dit, comme nombre de ses collègues, que l'univers numérique renforce les inégalités, que les enfants des classes les moins favorisées s'en sortent plus mal. "Internet leur donne l'illusion d'un savoir et les empêche souvent de raisonner par eux mêmes." Ils puisent le "bon" passage de "l'Etranger" sans se fatiguer à lire l'œuvre entière, "googlisent" trois lignes sur Camus, jettent un œil en même temps sur leur "exo de maths", sans cesser, avec Deezer en fond sonore, de "checker" leur boîte mails et de balancer des rafales de SMS.

  • "Le cerveau, surchargé, risque un burn-out"
"Multitâches", c'est ainsi que les chercheurs les définissent. Un professeur de Stanford, Clifford Nass, s'est amusé à faire passer des tests à ses étudiants, persuadé qu'il démontrerait la supériorité et la rapidité de leur pensée. Déception : ces têtes en surchauffe ont du mal à faire le tri entre l'accessoire et l'essentiel. Tout les distrait. Pour Olivier Houdé, le successeur d'Alfred Binet à la Sorbonne, l'enjeu est précisément là. "Dans le développement de l'intelligence, il existe un moment essentiel : l'inhibition, c'est-à-dire la faculté de bloquer des informations non pertinentes, de sélectionner ce qu'il nous faut, savoir faire le vide. Aujourd'hui, pour nous tous et pour les enfants en particulier, c'est très difficile, face aux tonnes d'informations qui nous inondent. Le cerveau, surchargé, risque un burn-out." Il faut d'urgence le mettre au repos, lui ménager, dans ce monde frénétique, des temps de pause.

« Nous tous, parents, chercheurs, enseignants, devons réagir pour continuer de transmettre à nos enfants, à côté de leur intelligence, rapide, fluide, fragmentée, notre mode de pensée plus lent, plus profond. S'ils parviennent à jongler avec les deux, ils feront des merveilles.»

A l'heure où l'école, dès la maternelle, s'équipe d'écrans tactiles, où certains collégiens jouent à la DS dans la cour de récré et font des dictées à leur rythme, casque sur les oreilles, avec une cassette enregistrée par le prof, certains spécialistes de l'éducation demandent que l'on réfléchisse un peu. Philippe Meirieu plaide pour "renverser la vapeur, donner aux enfants une autre nourriture, d'autres valeurs que celles qu'ils trouvent devant l'écran, réhabiliter l'écrit, travailler la concentration, réapprendre la poésie, les vertus d'une belle lettre d'amour". Le philosophe Bernard Stiegler vient d'envoyer un courrier solennel en ce sens au ministre de l'Education nationale :

« Il faut que la puissance publique s'approprie se sujet, forme des profs, fabrique des contenus intelligents. Qu'elle cesse de céder aux sirènes du marketing, et de s'équiper tous azimuts sans réfléchir à la société de demain.»

Chaque jour, le psychiatre Xavier Pommereau martèle le même message aux parents : "Faites-leur faire du sport, des cabanes, de la peinture, de la cuisine. Sortez-les de leurs mondes virtuels !" Pour ses ados shootés aux écrans, il a décidé d'installer dans son service... un four à pain afin qu'"ils mettent la main à la pâte". Pas question que seuls les enfants de la Silicon Valley soient protégés des tourments de la vie 2.0. 


Source "le Nouvel Observateur" Sophie Des Deserts

lundi 29 octobre 2012

Recettes Fromages-Crottin de Chavignol sur pomme



Crottin de Chavignol sur pomme

Préparation : 10 mn
Cuisson : 8 mn
Pour 4 personnes
4 crottins de Chavignol
2 pommes golden
20 g de beurre
1 cuillerée à café d’herbes de Provence
Poivre du moulin
1. Lavez et essuyez les pommes. Evidez-les de leur cœur avec un vide-pomme puis coupez-les en 8 tranches épaisses. Faites-les revenir 4 à 5 minutes à la poêle dans le beurre, sur feu doux. Déposez-les sur une plaque recouverte de papier de cuisson.
2. Coupez les crottins de Chavignol en deux dans l’épaisseur. Déposez une moitié sur chaque tranche de pomme. Parsemez d’herbes de Provence. Passez 3 minutes sous le gril du four.
3. Rehaussez de poivre moulu. Servez chaud avec une salade de pousses d’épinards au vinaigre balsamique et à l’huile de noisette.



dimanche 28 octobre 2012

Recettes Desserts-Gâteau aux noix



Gâteau aux noix

Préparation : 20 mn
Cuisson : 40 mn
Pour 6 personnes
100 g de cerneaux de noix
1 citron non traité
3 œufs
20 g de beurre pour le moule
100 g de sucre en poudre
1 cuillerée à soupe de farine
Sucre glace
1 pincée de sel
1. Préchauffez le four à 170 °C (th. 5-6).
2. Mixez les cerneaux de noix par à-coups pour les réduire en poudre grossière.
3. Séparez les jaunes d’œufs des blancs. Fouettez les jaunes avec le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Incorporez les noix, la farine et le zeste de citron.
4. Montez les blancs d’œufs en neige avec 1 pincée de sel. Ajoutez un quart de ces blancs à la pâte en remuant vivement afin de l’assouplir. Incorporez délicatement le reste.
5. Versez la pâte dans un moule de 18 cm de diamètre. Enfournez 40 minutes sur une grille au centre au centre du four.
6. Laissez reposer 15 minutes puis démoulez et laissez refroidir.
7. Saupoudrez le gâteau de sucre glace avant de servir.
Conseil
Pour un gâteau festif, fourrez-le et nappez-le d’une crème aux noix :
15 cl de crème fouetté
100 g de sucre en poudre
100 g de cerneaux de noix hachés
Vous pouvez aussi le napper d’un glaçage au café :
180 g de sucre glace
1 cuillerée à soupe d’extrait de café liquide ou de café soluble
2 cuillerées à soupe d’eau


samedi 27 octobre 2012

Billets-James Bond

Cinquante ans : les James Bond se suivent…

 Graphique de The Economist 

Les données compilées par The Economist montrent que le personnage créé par Ian Fleming, incarné à l’écran par six acteurs différents depuis cinquante ans, a des caractéristiques différentes en fonction de celui qui endosse le rôle. “Pierce Brosnan est le plus sanguinaire, avec une moyenne de dix-neuf éliminations de méchants par film ; l’éphémère George Lazenby était très bon pour tomber les nanas, tandis que Daniel Craig a nettement moins de succès en la matière ; peut-être est-ce parce que c’est lui qui s’envoie le plus de martinis…” Dans Skyfall (sortie mondiale ce 26 octobre), Bond-Craig ne boit que de la bière. Une grande marque a payé – sans doute très cher – pour ça.

mercredi 24 octobre 2012

Photos-World Press Photo 2009

World Press Photo 2009

© Pietro Masturzo

Pietro Masturzo a remporté le World Press Photo 2009.

Il faut un temps d’adaptation pour vraiment apprécier cette image de l’Italien Pietro Masturzo, qui vient de remporter le plus prestigieux des prix de la photographie de presse. On y voit une femme sur un toit. Avec la légende, tout s’éclaire. Et elle s’impose…
  
Au premier abord, cette victoire est une surprise. Pourquoi cette image d'un paysage de ville, prise à la tombée du jour, remporte le premier prix, qui récompense habituellement une image prise dans le feu de l'action, au cœur d'une actualité brûlante ?

C’est seulement au bout de quelques secondes quand, sur son écran, on agrandit l'image et qu'apparaît la légende qui l'accompagne, que ce choix devient une évidence, et que l'image prend tout son sens.
C'est la photographie d'une femme sur un toit de Téhéran, le 24 juin, qui crie sa colère contre les résultats contestés de l'élection présidentielle iranienne, qui a vu la victoire de Mahmoud Ahmadinejad. Après les manifestations de la journée, des femmes et des hommes dans la ville montent sur les toits, sortent sur les balcons pour crier des slogans hostiles au régime ou à la gloire d'Allah qui se répondent en écho dans la nuit.
Le choix qu’a fait Pietro Masturzo de garder l'atmosphere de la ville nous donne à voir, à sentir la quiétude d'une nuit d'été dans la capitale iranienne déchirée par le courage d'une femme dans l'expression de sa révolte. Chaque recoin, chaque fenêtre nous dit la menace et la peur.

Rares sont les images qui nous laissent cette liberté de lecture, qui parlent à notre imaginaire sans rien nous dicter et qui finissent par s'imposer, loin des clichés trop vite vus et très vite oubliés.


Pietro Masturzo

lundi 22 octobre 2012

Billets-Virez Ghosn



Virez Ghosn!

Virez Ghosn pour que Renault reparte ! 
• L'idée que le fleuron de l'industrie automobile disparaisse à cause de son manque de compétitivité fait bondir ce chroniqueur luxembourgeois. Pour plus d'efficacité, dit-il, virons le PDG aux dix millions d'euros de salaire.

Le PDG de Renault, Monsieur Carlos Ghosn, a déclaré [le 28 septembre], sur le ton grave et inspiré de celui qui sent venir la catastrophe : "Si on ne fait rien, Renault, sous sa forme actuelle, peut disparaître." Dès que j'ai lu cette phrase, le sang de l'automobiliste-citoyen conscient de ses responsabilités que je suis n'a fait qu'un tour ! Comment cette marque mythique, ce fleuron du savoir-faire français, cette entreprise autrefois nationale, cet employeur légendaire, pourrait disparaître ? Carlos Ghosn a raison, il faut faire quelque chose.

Lui est convaincu qu'il faut renforcer la compétitivité de sa boîte. Comment ? En baissant le coût du travail. Où ? En France. Car ailleurs, Renault l'a déjà fait. Dans ses usines roumaines, l'ouvrier plafonne à 500 euros par mois. Dans son usine marocaine, il ira chercher environ 250 euros par mois. Alors, évidemment, Carlos trouve qu'un prolo français à 1 500 balles, c'est trop ! Après y avoir longuement réfléchi, j'ai trouvé une façon d'abaisser le coût du travail chez Renault. En virant le nullissime Carlos Ghosn ! Cette brêle perçoit 9,9 millions d'euros par an. Ce qui représente, selon ma calculette préférée, l'équivalent de 550 salaires annuels d'ouvriers français ou de 3 300 Marocains !
  • Les dirigeants des constructeurs français sont nuls
Il faut avoir une belle audace pour oser se plaindre de la paye ridicule des braves gens quand on pique presque 10  patates par an ! Mais c'est vraisemblablement parce que l'audace industrielle et technologique du patron de Renault légitime cette fortune. Peut-être le génie de Carlos justifie-t-il ce salaire délirant ? Peut-être les résultats de la stratégie de ce superpatron que le monde entier nous envie relativisent-ils la monstruosité de ses émoluments ? Tu parles Charles ! Aucune quincaillerie-bazar du pire bled d'Amérique latine ne le prendrait comme stagiaire magasinier !

Quand on pense à ce que fut l'aventure automobile française avant que des hurluberlus surpayés ne viennent la dégrader ! Renault, ce fut la fameuse 4 CV, la géniale 4L, la sympathique R5, la formidable Espace, etc. Aujourd'hui, après la désolante Vel Satis, la ruineuse Avantime, ou la désespérante Wing, toutes des flops, on a droit à Kangoo ou Clio ! Pas de quoi se ruer chez son concessionnaire. La concurrence hexagonale n'est pas en reste ! Si l'industrie automobile française se casse la figure, ça n'est sûrement pas à cause du niveau des salaires de ses employés mais de l'incompétence navrante de ses dirigeants ! La compétitivité tant réclamée par le Medef, elle est plombée par des actionnaires obnubilés par leurs dividendes et des prétendus capitaines d'industrie qui sont en fait de sinistres naufrageurs.

A une époque qui voit les Japonais inventer des voitures hybrides performantes, ou d'autres développer de vraies voitures électriques, Carlos Ghosn ose essayer de vendre des trucs innommables et leur donner des noms improbables ! Vous avez déjà vu une Twizi ? Ce truc qui est plus moche qu'un fer à repasser, plus inutile qu'un Carlos, plus ridicule qu'un Ghosn, plus désolant qu'un PDG ? Si c'est ça l'électrique, le pétrole a de beaux jours devant lui ! Cette casserole à deux places, sans même un coffret pour ranger son portefeuille, à l'autonomie inférieure à celle d'un vélo électrique, inconfortable et qui fout la honte à qui la conduit (sauf quand c'est pour faire une promotion publicitaire rigolote) suffirait comme pièce à conviction pour condamner Carlos le fat [le gros] aux travaux forcés !
  • Virons le bras cassé !
Heureusement, il y a Dacia. C'est laid, mais pas cher ! Low cost, comme on dit ! Et le rêve de Carlos Ghosn, en plus de conserver ses 10 millions d'euros, ce serait que les ouvriers européens soient payés comme ceux du Maroc ou du Bangladesh. Ma solution est plus simple et plus radicale. Plus efficace et plus définitive ! Qu'on vire ce bras cassé, qu'on récupère son salaire et qu'on confie l'entreprise à un chef d'atelier expérimenté, flanqué de deux ingénieurs inventifs et d'un designer tout jute sorti de l'école. Autrement, un Indien qui s'appelle Bagnol viendra racheter Renault pour fermer toutes les usines, licencier tout le monde et, débarrassé d'un concurrent, vendre sa camelote venue d'ailleurs !

C'est ce qu'a fait Monsieur Mittal. Un beau matin, il s'est demandé dans quelle industrie il pourrait investir son fric. Et puis l'évidence lui est apparue : quand on s'appelle Mittal, on fait dans le métal ! S'il s'était appelé Signal, il aurait créé une multinationale de dentifrice ! Donc, le cher (hors de prix) Mittal fabrique de la ferraille dans des pays où ses salariés sont payés deux coups de pied au cul et un demi-bol de riz. Pourquoi, dès lors, a-t-il racheté Arcelor, dont les ouvriers sont un peu mieux traités ?

Eh bien pour fermer TOUTES les usines en Europe, licencier tous ces types qui osent vouloir un syndicat, des conditions de travail et de rémunération décentes, et se débarrasser d'un concurrent. Fallait-il être bête ou faire semblant de l'être pour ne pas le voir venir ! Je soupçonne Carlos Ghosn de toucher 10 millions d'euros de la part de Renault et 25 millions en douce de la part de Tata Motors. Pendant ce temps-là, dans un vieux garage, un mec travaille obstinément sur le moteur à eau. Dommage qu'il soit voué à un accident mortel de la circulation avant de déposer son brevet !

Source Courrier international

dimanche 21 octobre 2012

Recettes Tartes-Tarte aux mirabelles et amandes



Tarte aux mirabelles et amandes

Préparation : 30 mn
Temps de cuisson : 35 mn
Pour 6 personnes
1 kg de mirabelles
1 rouleau de pâte sablée
2 sachets de sucre vanillé
Pour la crème d’amandes
100 g de poudre d’amandes
2 œufs entiers
1 cuillerée à soupe rase de farine
245 g de sucre en poudre
80 g de poudre d’amandes
80 g de beurre mou
50 g de sucre en poudre
1. Préchauffez le four à 180° C (th. 6).
2. Déroulez la pâte avec son papier de cuisson dans un moule à tarte et réservez au frais.
3. Lavez et essuyez les prunes. Fendez-les (juste un peu afin qu’elles restent rondes) pour les dénoyauter. Mettez-les dans une jatte, poudrez de sucre vanillé et réservez.
4. Préparez la crème d’amandes : dans un saladier, travaillez à la fourchette le beurre mou avec les œufs, la poudre d’amandes, le sucre et la farine, jusqu’à l’obtention d’un crème lisse.
5. Sortez la pâte du réfrigérateur, couvrez le fond de tarte de mirabelle bien serrées les unes contre les autres et versez la crème d’amandes par-dessus.
6. Enfournez pour 35 minutes de cuisson. Sortez ensuite la tarte du four, patientez 5 minutes avant de la démouler délicatement sur une grille.
7. Laissez refroidir et servez à température ambiante.
Conseil
Pour réaliser cette tarte, vous pouvez remplacer la pâte sablée par une pâte feuilletée. Dans ce cas, choisissez-la pur beurre.


samedi 20 octobre 2012

Lectures Philip Roth-Entretien avec Philip Roth «Némésis»



Entretien avec Philip Roth «Némésis»

“Némésis sera mon dernier livre” 
Philip Roth arrête d’écrire. Entretien rétrospectif sur une œuvre américaine majeure, avec un écrivain qui semble enfin serein.

En ce jour venteux d’automne new-yorkais, Philip Roth nous accueille en grande forme dans son vaste appartement minimaliste de l’Upper West Side pour la sortie française d’un de ses plus beaux romans : Némésis. Retour à Newark dans les années 1940, on y suit Bucky Cantor, jeune homme parfait, dévoué aux gamins dont il s’occupe et à ceux qu’il aime, pris dans la tourmente d’une épidémie de polio.
Difficile de parler de Némésis sans dévoiler sa fin. Disons seulement que, malgré la volonté du héros de faire le bien, il deviendra l’instrument du mal, et que Roth réussit un nouveau tour de force dans un roman à la construction parfaite. Le narrateur n’apparaîtra qu’à la page 90 pour mieux disparaître et ne réapparaître qu’à la fin, quand on retrouve Bucky trente ans après, dans un ultime chapitre aussi abrupt et cruel que le dernier du Tendre est la nuit de Fitzgerald.
Némésis est la déesse grecque de la justice, de la vengeance, de la colère. Si Philip Roth a construit son roman en forme de tragédie, c’est une tragédie dénuée de morale, donc très humaine et toute contemporaine qu’il signe : la maladie et la mort n’ont aucun sens. Némésis se meut en grand et beau texte métaphysique sur l’idée de hasard et de responsabilité dans la vie de chacun.

  • De tous vos romans, Némésis semble être celui où vous exposez le plus votre propre vision de l’existence.
Philip Roth - En effet, je pense que tout dans la vie est une question de chance ou de malchance. Je ne crois pas à la psychanalyse, ni à un inconscient qui nous guiderait dans nos choix. Nous avons seulement la chance ou la malchance de faire certaines rencontres qui seront bonnes ou mauvaises pour nous. Ma première femme, par exemple, s’est révélée être une criminelle – elle volait sans cesse, mentait, etc. – or je ne l’avais pas choisie pour ça, je déteste les criminels. Mais voilà, j’ai eu la malchance d’épouser la mauvaise personne. Les psychanalystes diraient que je l’ai choisie inconsciemment : je n’y crois pas, mais cela rejoint d’une certaine façon mon point de vue selon lequel, face à la vie, nous sommes des innocents. Il y a une forme d’innocence en chacun de nous dans la façon dont nous abordons nos vies.

  • Némésis appartient à un groupe de quatre livres intitulé Nemeses (avec Un homme, Indignation, Le Rabaissement). Comment s’articulent-ils entre eux ? 
Philip Roth - Ils abordent tous le sujet de la mort d’un point de vue différent. Dans chacun de ces livres, le personnage a à faire avec sa “nemeses”, un terme très courant aux États-Unis et qu’on pourrait définir comme une fatalité, une malchance, la force qu’il ne peut surmonter et qui le choisit pour s’abattre sur lui. Dans Némésis, cette nemeses semble être la polio, mais dans le cas de Bucky Cantor, c’est en fait ses problèmes de conscience. Ce qui m’a toujours intéressé en tant qu’écrivain, et cela depuis Laisser courir, l’un de mes premiers romans, ce sont les êtres qui ont un sens extrême, et au fond déplacé, de leur responsabilité. Bucky est un homme qui se définit seulement par sa vertu, et c’est très dangereux. Ce n’est pas seulement la polio qui va ruiner sa vie, mais son aspiration à la responsabilité totale.

  • En quoi la polio vous intéressait ?
 Philip Roth - D’abord parce que c’est un sujet neuf pour moi, que je n’ai jamais rien écrit là-dessus ; ensuite parce que, pour les gens nés comme moi dans les années 1920 ou 1930 en Amérique, la polio a joué un grand rôle, puisqu’avant le vaccin, en 1955, nous avons eu à subir sa menace et cela nous a terrifiés. Ce n’est qu’après avoir écrit Némésis que j’ai réalisé la connexion avec mon roman Le Complot contre l’Amérique : dans les deux cas, j’imagine une tragédie qui frappe la communauté juive de Newark dans les années 1940 – celle d’où je viens. Dans le cas du Complot, j’ai inventé la menace, la nemeses (le nazi Charles Lindbergh devenant président des États-Unis). Dans Némésis, c’est la polio, qui existait, sauf qu’il n’y a pas eu d’épidémie en 1944. Et puis la maladie est la forme la plus extrême de la malchance : cela vous tombe dessus et vous n’y pouvez rien.

  • Au-delà de cette question de malchance, ce qui vous intéresse c’est d’écrire sur ce que l’on en fait et comment un homme réagit à ce qui lui arrive ?
Philip Roth - Si nous avons l’impression que Bucky gâche sa vie en renonçant à sa fiancée, pour lui qui veut être l’incarnation du mot “responsabilité”, réussir sa vie c’est y renoncer, même si cela le condamne à la solitude. Mais je n’ai aucun jugement là-dessus, je voulais juste poser la question. C’est avant tout ainsi que j’envisage mon travail d’écrivain : qu’est-ce qui arrive face à une épidémie de polio ? Le roman est fait pour poser des questions, pas pour apporter des réponses. Je n’écris pas de livres philosophiques.

  • Pourtant, Némésis pose la question du destin ou du hasard, du sens de la vie…
Philip Roth - Pour tout vous avouer, je ne suis pas très porté sur l’abstraction. Je n’ai pas cette tournure d’esprit. Et dès qu’une conversation en arrive à la métaphysique ou la philosophie, je m’endors (rires). Tout ce qui m’intéresse vraiment, tout ce que je sais faire, c’est raconter une histoire. Dès que l’on me parle abstraction, j’ai l’impression d’avoir 10 ans, de ne plus rien comprendre, et d’être gagné par le plus grand sommeil.

  • Vos derniers livres sont hantés par une menace. Jusqu’à quel point le fait d’avoir été un enfant juif durant la guerre vous a influencé ?
Philip Roth - J’ai eu une enfance très protégée. Mes parents n’ont jamais divorcé, je vivais dans une communauté à 99 % juive donc nous n’étions pas touchés par l’antisémitisme. Bien sûr, de 8 à 12 ans, le pays était en guerre et je m’y intéressais beaucoup. Toutes les générations qui ont traversé la Seconde Guerre mondiale, que ce soit en France, en Allemagne ou ici, en ont été marquées à vie. L’autre menace, réelle, c’était donc la polio : chaque été, quand nous passions la journée à jouer dehors, on nous parlait de la polio. On s’en fichait, jusqu’à ce que l’un de nous en meure. Mais vous savez, je ne crois pas que la biographie d’un écrivain ait à voir avec ses livres.

  • Alors qu’est-ce qui vous fait écrire ?
Philip Roth - L’envie de faire une expérience, le “what if ?” (le “et si ?”). Et si… telle ou telle chose arrivait, qu’est-ce qui se passerait ? Je commence tous mes livres par ce “what if ?”. Par exemple : “Et si une épidémie de polio avait touché ma communauté à Newark en 1944 ?”

  • Vous verriez-vous commencer à écrire avec “Et si… ce type génial épousait cette fille merveilleuse et qu’ils vivaient heureux ?” Le bonheur n’est pas un moteur d’écriture ?
Philip Roth - Mais j’ai déjà écrit ce livre ! Il y a des années, quand j’ai écrit Professeur de désir, je voulais écrire au sujet d’un phénomène très commun sur lequel on ne lisait jamais rien : si deux personnes tombent amoureuses l’une de l’autre, se marient… qu’est-ce qu’il se passe ? Eh bien le sexe disparaît, la sexualité entre eux disparaît. Le mariage est la voie qui mène directement à la chasteté. Donc, vous voyez, j’ai commencé à écrire Professeur de désir sur une situation heureuse, mais qui mène à un vrai problème.

  • Un problème autobiographique ?
Philip Roth - Il serait trop simple de croire que l’écrivain n’écrit que sur ce qui lui arrive. La plupart du temps, j’écris sur ce qui ne m’arrive pas parce que je suis curieux. Un écrivain peut être attiré par des sujets qui sont même très loin de son univers. Ce qui compte, c’est ce qui va faire démarrer chez lui une vague d’écriture, ce qui va engendrer une énergie verbale. Certains sujets ont ce potentiel, d’autres pas.

  • Savez-vous pourquoi ? 
Philip Roth - Pas du tout. D’ailleurs, j’ai arrêté depuis un certain temps de savoir pourquoi. J’ai atteint l’apothéose de ma vie : aujourd’hui, je sais que je ne sais pas. Et que les sujets me viennent difficilement. Pour moi, écrire a toujours été quelque chose de très difficile. Le problème, c’est qu’enfant je suis tombé amoureux de la littérature. Plus tard, je me suis dit que je pourrais être écrivain. Alors j’ai essayé et ça a marché à un certain degré. Si j’avais pu faire quelque chose de mieux, croyez-moi, je l’aurais fait volontiers ! Mais au début, c’était très excitant, alors j’ai continué.

  • Avez-vous toujours le désir d’écrire ?
Philip Roth - Non. D’ailleurs, je n’ai pas l’intention d’écrire dans les dix prochaines années. Pour tout vous avouer, j’en ai fini. Némésis sera mon dernier livre. Regardez E. M. Forster, il a arrêté d’écrire de la fiction vers l’âge de 40 ans. Et moi qui enchaînais livre sur livre, je n’ai rien écrit depuis trois ans. J’ai préféré travailler à mes archives pour les remettre à mon biographe. Je lui ai remis des milliers de pages qui sont comme des mémoires mais pas littéraires, pas publiables tels quelles. Je ne veux pas écrire mes mémoires, mais j’ai voulu que mon biographe ait de la matière pour son livre avant ma mort. Si je meurs sans rien lui laisser, par quoi commencera-t-il ?

  • Mais vous venez de passer l’entretien à dire que la vie d’un écrivain n’influence pas forcément son travail, et vous trouvez important qu’on écrive votre biographie ?
Philip Roth - Je n’ai pas le choix. Si j’avais le choix, je préférerais qu’il n’y ait pas de bio sur moi, mais il y aura des biographies après ma mort, donc autant être sûr qu’il y en ait une qui soit exacte. Blake Bailey a écrit une excellente biographie de John Cheever, qui était un de mes amis difficile à biographier car, homosexuel et alcoolique, il a passé presque toute sa vie à se cacher. Bailey m’a contacté, nous avons passé deux jours entiers à parler, et il m’a convaincu. Mais je ne contrôlerai pas son travail. De toute façon, 20 % seront faux, mais c’est toujours mieux que 22 %.

  • Commencez-vous à préparer vos archives pour après votre mort ?
Philip Roth - Une fois que Blake Bailey s’en sera servi, j’ai demandé à mes exécuteurs testamentaires, mon agent Andrew Wylie et une amie psychanalyste, de les détruire après ma mort. Je ne veux pas que mes papiers personnels traînent partout. Personne n’a à les lire. Tous mes manuscrits sont déjà à la Bibliothèque du Congrès, depuis les années 1970.

  • À 78 ans, quel regard jetez-vous sur ce que vous avez écrit ?
Philip Roth - À 74 ans, j’ai réalisé que je n’avais plus beaucoup de temps, alors j’ai décidé de relire les romans que j’avais aimés à 20 ou 30 ans, parce que c’est ceux-là qu’on ne relit jamais. Dostoïevski, Tourgueniev, Conrad, Hemingway… et quand j’ai fini, j’ai décidé de relire tous mes livres en commençant par la fin : Némésis. Jusqu’au moment où j’en ai eu marre, juste avant Portnoy et son complexe, qui est imparfait. Je voulais voir si j’avais perdu mon temps à écrire. Et j’ai pensé que c’était plutôt une réussite. À la fin de sa vie, le boxeur Joe Louis a dit : “J’ai fait du mieux que je pouvais avec ce que j’avais.” C’est exactement ce que je dirais de mon travail : j’ai fait du mieux que j’ai pu avec ce que j’avais.
Et après ça, j’ai décidé que j’en avais fini avec la fiction. Je ne veux plus en lire, plus en écrire, et je ne veux même plus en parler. J’ai consacré ma vie au roman : je l’ai étudié, je l’ai enseigné, je l’ai écrit et je l’ai lu. À l’exclusion de pratiquement tout le reste. C’est assez ! Je n’éprouve plus ce fanatisme à écrire que j’ai éprouvé toute ma vie. L’idée d’affronter encore une fois l’écriture m’est impossible !

  • N’exagérez-vous pas un peu ?
Philip Roth - Écrire, c’est avoir tout le temps tort. Tous vos brouillons racontent l’histoire de vos échecs. Je n’ai plus l’énergie de la frustration, plus la force de m’y confronter. Car écrire, c’est être frustré : on passe son temps à écrire le mauvais mot, la mauvaise phrase, la mauvaise histoire. On se trompe sans cesse, on échoue sans cesse, et on doit vivre ainsi dans une frustration perpétuelle. On passe son temps à se dire : ça, ça ne va pas, il faut recommencer ; ça, ça ne va pas non plus, et on recommence. Je suis fatigué de tout ce travail. Je traverse un temps différent de ma vie : j’ai perdu toute forme de fanatisme. Et je n’en ressens aucune mélancolie.

  • Il n’y aura donc plus jamais de nouveau roman de Philip Roth ?
Philip Roth - Je ne pense pas qu’un livre de plus ou de moins changera quoi que ce soit à ce que j’ai déjà fait. Et si j’écris un nouveau livre, il sera très probablement raté. Qui a besoin de lire un livre médiocre de plus ?

  • Pas envie d’écrire sur l’Amérique d’aujourd’hui ?
Philip Roth - J’ai 78 ans, je ne connais plus rien de l’Amérique aujourd’hui. Je la vois à la télé. Mais je n’y vis plus.

  • Pour finir, un mot de politique à deux mois des élections. Pensez-vous que Mitt Romney ait des chances contre Obama ?
Philip Roth - Non, mais pas pour les bonnes raisons, juste parce qu’il n’a aucune aura et que même les Américains commencent à comprendre à quel point il est ennuyeux. S’il gagnait, ce serait un désastre – les présidents américains de droite sont toujours des désastres. Alors qu’Obama m’impressionne toujours. Cela faisait très longtemps qu’on n’avait pas eu une telle intelligence à la Maison Blanche. Je vais donc voter à nouveau pour lui. Mais vous savez, je n’aime pas parler de politique. Qui suis-je pour donner mon opinion en public ? Je ne suis qu’un citoyen comme un autre.


Source Les Inrocks

Billets-La délation passe au numérique

La délation passe au numérique

 Dessin de Royer paru dans Le Soir, Bruxelles.

Une application pour smartphones permet de dénoncer et géolocaliser les "comportements asociaux". Danger !

Les dérives totalitaires induites par les univers numériques, c’est un peu ça : en France, un groupe proche de l’extrême droite et des idéaux du Front national de Marine Le Pen vient de lancer une application qui permet de dénoncer et de géolocaliser les infractions et les incivilités qui nous entourent.
Baptisée “Observer la loi”, l’application pour iPhone est disponible depuis le 3 octobre dernier dans le magasin en ligne d’Apple. Et, paradoxalement, elle a plutôt tendance à faire régresser le progrès.


C’est un site Internet [Enquête & débat] cultivant les idées conservatrices et le radicalisme prenant racine parfois à droite qui est derrière cette application, présentée comme un outil permettant aux citoyens de se transformer en “journalistes d’enquête” pour un meilleur fonctionnement de la société. Oui, oui, ça ne s’invente pas !

Et comment ça marche ? “Observer la loi” propose aux “honnêtes gens” de dénoncer, simplement en dégainant leur iPhone, les comportements jugés asociaux et surtout irrespectueux de quelques lois adoptées par la République française. Il est question ici de pointer d’un doigt réprobateur et dématérialisé les fumeurs qui en grillent une petite en douce dans des espaces interdits, les automobilistes qui ne respectent pas le code de la route ou les règles de stationnement, les voisins qui font du tapage nocturne ou encore les femmes portant le voile intégral dans des lieux publics. Cette délation en format numérique, qui démontre facilement que la modernité peut être odieuse, s’accompagne d’un système de cartographie et de géolocalisation de tous ces “crimes” afin d’en informer tout le monde et plus particulièrement les internautes situés dans la zone géographique proche du délateur. Heureusement, l’application n’est pas disponible au Canada. Pour le moment, du moins.

 Source Courrier International

vendredi 19 octobre 2012

Recettes Cakes-Cake chocolat noir épices



Cake chocolat noir épices

Préparation : 20 mn
Cuisson : 45 mn
Pour 5 personnes
175 g de chocolat noir
175 g de sucre en poudre
125 g de beurre + 20 g pour le moule
175 g de farine + 4 cuillerées à soupe
4 œufs
2 cuillerées à café de levure
2 cuillerées à soupe de miel toutes fleurs
125 g de gingembre confit
Epices en poudre
2 pincées de vanille
2 pincées d’anis étoilé
2 pincées de quatre-épices
2 pincées de clou de girofle
1. Préchauffez le four à 150 °C (th. 5).
2. Coupez le gingembre en petit dés. Mettez-le dans un bol avec 1 cuillerée à soupe de farine. Versez 175 g de farine, la levure et toutes les épices dans un saladier. Mélangez.
3. Cassez le chocolat en morceaux, faites-les fondre au bain-marie ou au mico-ondes. Lissez le mélange, incorporez le beurre en mélangeant puis le miel.
4. Cassez les œufs dans une terrine, versez le sucre, fouettez jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Ajoutez le chocolat fondu et fouettez encore quelques secondes afin de bien l’incorporer.
5. Ajoutez le mélange farine-épices, puis les dés de gingembre. Mélangez délicatement et versez la pâte dans le moule.
6. Glissez au four et laissez cuire 40 à 45 minutes, jusqu’à ca que le cake soit gonflé et doré. Retirez du four, laissez reposer 10 minutes puis démoulez.
7. Laissez complètement refroidir avant de servir.